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Chuchotement au lecteur
Quiconque n’est pas très au courant des choses de la basoche risque toujours de faire des erreurs, s’il s’avise d’essayer de croquer à la plume une cour de justice.
Je n’ai donc pas voulu remettre aux typos les chapitres de ce livre, où un procès est raconté, sans les avoir soumis au préalable à la révision correctrice, austère et rigoureuse d’un membre du barreau — si c’est bien ainsi qu’on dit.
Bref, maintenant ces chapitres sont d’une exactitude scrupuleuse, jusqu’au moindre détail, car ils ont été réécrits sous l’œil même de William Hicks, qui a étudié le droit un bon moment dans le Missouri sud-occidental, il y a trente-cinq ans, et est ensuite venu ici à Florence pour raison de santé, tant pour faire de l’exercice que pour s’assurer le gîte et le couvert. Il travaille encore à l’heure qu’il est comme domestique dans le hangar à ravitailler les chevaux de Macaroni Vermicelli, situé dans la ruelle que l’on trouve au coin, en sortant de la Piazza del Duomo, juste après la maison où est encastrée cette fameuse pierre, sur laquelle le Dante avait coutume de s’asseoir, il y a six cents ans, d’où il regardait construire le campanile de Giotto ; il se sentait invariablement fatigué de cette contemplation, dès que Béatrice passait pour aller chercher un pavé de gâteau aux marrons pour se défendre si une échauffourée généalogico-gibeline éclatait avant qu’elle n’arrivât à l’école — gâteau-projectile qu’elle achetait précisément à l’échoppe où l’on en vend encore aujourd’hui, tout aussi léger et délectable qu’à l’époque, soit dit sans flatterie, loin de là.
La science du droit était bien un peu rouillée chez William ; mais il l’a fourbie en vue du présent livre, et les trois chapitres de jurisprudence sont d’une rectitude parfaite à cette heure.
Il me l’a lui-même assuré.
Donné sous mon sceau ce deuxième jour de janvier 1893, en la villa Viviani, village de Sestignano, à trois milles derrière Florence, sur les hauteurs — lesquelles offrent certainement le panorama le plus charmant sur cette planète, panorama où l’on peut voir les couchers de soleil les plus enchanteurs qui se puissent trouver dans n’importe quelle planète et même dans n’importe quel système solaire.
Donné de plus en la pièce d’honneur de la maison, tandis que les bustes des sénateurs Carretani et autres notables de cette lignée me regardent d’un air approbateur, comme ils regardaient le Dante, en me demandant muettement de les adopter dans ma famille, ce que je fais avec plaisir, car mes aïeux les plus reculés n’étaient que poulets de printemps en comparaison de ces antiques drapés et majestueux, et ce sera pour moi un enrupinage pas ordinaire et diantrement félicitatoire.