Le Roman de l’esquimaude

De Utopia.
Le Journal d’Ève Mark Twain
traduit par Gabriel de Lautrec
La Visite du capitaine Tempête dans le ciel
Le Capitaine Tempête et autres contes, Mercure de France, Paris, 1909
Texte dans le domaine publicinfo

Formulaire : Édition


— Mais oui, monsieur Twain, je vous raconterai de ma vie tout ce qui peut vous intéresser, me dit-elle de sa voix douce, en posant sur mon visage le regard honnête de ses yeux paisibles ; — vous êtes vraiment trop aimable de vous occuper de moi et de ce qui me concerne.

Avec un petit couteau en os, elle était en train de racler distraitement la graisse de baleine dont ses joues étaient enduites, et de l’essuyer ensuite à sa manche de fourrure, tout en considérant l’aurore boréale qui lançait dans le ciel ses jets de flammes et revêtait la blanche neige et les icebergs majestueux des plus riches couleurs du prisme. C’était un spectacle d’une beauté et d’une splendeur presque intolérables. Mais elle secoua sa rêverie, et se prépara à me faire de son humble existence le récit que je lui avais demandé. Elle s’installa confortablement sur le bloc de glace qui nous servait de sofa, et je me préparai à l’écouter.

C’était une belle créature. Je parle au point de vue esquimau. En d’autres pays, on l’aurait trouvée un peu boulotte. Elle avait juste vingt ans et on la regardait comme la jeune fille la plus séduisante de la tribu. En plein air, avec son vêtement de fourrure lourd et épais, ses bottes, son pantalon, et son vaste bonnet, il était difficile de deviner ses formes, mais on pouvait voir la figure, qui était jolie. Je n’avais pas encore aperçu, parmi les hôtes de son père, ou les gens du voisinage, une jeune fille qui pût lui être comparée. Elle était aimable, naturelle et sincère, et si elle se savait belle, elle ne laissait aucunement voir qu’elle le savait.

Il y avait déjà une semaine que nous vivions tout à fait en camarades, et plus je la voyais, plus elle me plaisait. Elle avait dû être élevée avec soin et tendresse, dans un milieu certainement très raffiné pour ce pays polaire, car son père, chef de la tribu, possédait la plus haute culture qu’on pût avoir dans ces régions. J’avais fait de longues excursions en traîneau à chiens sur la banquise, avec Lasca, — c’était le nom de la jeune fille, — trouvant toujours sa compagnie plaisante et sa conversation pleine d’intérêt. Je l’avais accompagnée à la pêche, sans m’aventurer toutefois dans son léger bateau qui ne me paraissait pas présenter assez de sécurité pour un profane ; mais je la suivais le long des bancs de glace, et j’admirais l’habileté infaillible avec laquelle elle lançait son harpon. Nous avions chassé le phoque ensemble. J’avais assisté plusieurs fois au dépeçage en famille d’une baleine. Un jour même, qu’elle allait à la chasse à l’ours, je l’avais accompagnée jusqu’à près de la moitié du chemin. Mais j’étais ensuite revenu, la laissant seule, car, au fond, j’ai une certaine frayeur des ours.

Cependant, elle était prête à commencer son récit. Voici ce qu’elle me conta :

— De tout temps, notre tribu avait accoutumé d’errer de place en place, à travers les mers glacées, comme les autres tribus. Mais il y a deux ans, mon père commença à se fatiguer de ces voyages perpétuels ; et il construisit, pour s’y installer, cette grande maison en blocs de glace. Regardez-la. Elle a sept pieds de haut ; elle est trois ou quatre fois plus large que les autres maisons. C’est là que nous habitons depuis lors. Il était très fier de sa demeure, et à juste titre. Si vous l’examiniez avec soin, vous remarqueriez combien elle l’emporte sur les constructions analogues en confort et en beauté. Elle est aménagée avec un luxe qui sort tout à fait du commun. Par exemple, dans cette partie de l’habitation que vous appelez le « salon », et où se tient la famille dans la journée, la plate-forme surélevée où l’on sert les repas est certainement la plus grande que vous ayez jamais vue, dans aucune maison. N’est-ce pas ?

— Certainement, Lasca. La plus grande. Nous n’avons rien de semblable dans les plus belles habitations des États-Unis.

Cette concession fit briller ses yeux de plaisir. Je le remarquai, et j’en fis mon profit pour la suite.

— J’étais sûre que vous en seriez surpris, continua-t-elle. Autre chose. Nulle part ailleurs, vous ne trouverez autant de fourrures, fourrures de phoques, d’otaries, de renard bleu, d’ours, de martre, de zibeline. Et les bancs de glace contre les murs, à l’intérieur, pour dormir ? Sont-ils plus larges et plus confortables chez vous, à New York ?

— Sûrement pas, Lasca… Il s’en faut de beaucoup.

Elle eut de nouveau l’air radieux. Elle se préoccupait du confort qu’apportaient les fourrures dans la maison, et pas du tout de leur valeur. Je pouvais lui dire que dans mon pays, cette quantité de fourrures représenterait une fortune, mais elle n’aurait pas compris. Ce n’étaient pas ces sortes de choses qui constituaient la richesse pour elle et les siens. Je pouvais lui dire que les vêtements qu’elle portait, ou ceux du plus pauvre de ses voisins, valaient douze à quinze cents dollars, et que je ne connaissais personne chez nous qui eût des vêtements de pêche de ce prix-là. Elle n’aurait pas compris, aussi je me tus. Elle reprit :

— Et les seaux d’ordures ! Nous en avons deux dans le salon, et deux pour le reste de la maison. C’est très rare d’en avoir deux dans le salon. Chez vous, combien y en a-t-il ?

Le souvenir de ces seaux me coupa un moment la respiration. Mais je repris mes sens avant qu’elle se fût aperçue de mon impression, et je répondis avec chaleur :

— Lasca, je suis honteux pour ma patrie. Ménagez-moi. Je vais vous le dire en confidence, Je vous donne ma parole d’honneur que l’homme le plus riche de New York n’a pas un seul seau à ordures dans son salon.

De joie, elle frappa ses mains gantées de fourrure, et s’écria :

— Non ! Vous parlez sérieusement ?

— Absolument, ma chère Lasca. Tenez, voilà Vanderbilt, par exemple. C’est à peu de chose près l’homme le plus riche du monde. Eh bien ! même sur mon lit de mort, je jurerais qu’il n’a pas deux seaux à ordures dans son salon, qu’il n’en a même pas un. Que je meure si j’ai menti !

Ses beaux yeux étaient élargis de stupeur. Elle dit, à paroles lentes, avec une sorte d’angoisse heureuse dans la voix :

— C’est étrange, c’est incroyable ! On ne peut pas s’imaginer. Est-ce la dépense qui l’arrête ?

— Non. Ce n’est pas la dépense. Mais avoir deux seaux à ordures dans son salon, cela paraîtrait, comment dirais-je, une affectation de luxe. C’est un homme simple, à sa façon. Il déteste tout ce qui est apparat.

— Évidemment, la simplicité a du bon, mais il ne faut rien exagérer. Je me demande de quoi son salon peut avoir l’air.

— Ah ! Je vous accorde qu’il paraît un peu nu. On se rend bien compte qu’il y manque quelque chose, mais…

— Je comprends ! Sérieusement, je n’aurais jamais supposé… Et, à part cela, elle est jolie, sa maison ?

— Très jolie. Très bien comprise, à tous les points de vue.

La jeune fille demeura un moment silencieuse, grignotant d’un air rêveur un bout de chandelle. Elle essayait, évidemment, de comprendre. À la fin, elle eut un petit geste décidé de la tête, et formula son opinion :

— À mon avis, il y a un genre de simplicité qui n’est que de l’affectation déguisée, sous une autre forme. Quand un homme a les moyens d’avoir deux seaux à ordures dans son salon, et qu’il s’en dispense, c’est peut-être par simplicité, mais c’est peut-être aussi pour étonner l’opinion publique et faire parler de lui. Votre M. Vanderbilt doit savoir parfaitement à quoi s’en tenir là-dessus.

La question était tranchée. Il n’y avait pas à y revenir. Elle ajouta :

— Et les gens riches, chez vous, ont-ils des bancs pour dormir, comme nous, et faits de belle glace en blocs massifs ?

— Mais oui, nous avons des lits, et même assez confortables. Seulement, ils ne sont pas en glace.

— Comment ! Et pourquoi ?

J’essayai de lui expliquer la différence de situation, dans un pays où l’on doit avoir un œil vigilant sur la note du marchand de glace, pour que cette note ne s’élève pas trop rapidement à la hauteur d’un iceberg.

— Oh ! mon Dieu, s’écria-t-elle. Vous êtes obligés d’acheter la glace ?

— Obligés, ma chère.

Elle partit d’un éclat de rire interminable.

— Eh bien ! Vrai ! Je n’aurais jamais supposé une chose aussi absurde. Mais on en a tant qu’on en veut, de la glace. Ça n’a aucune valeur. Regardez, en voilà des centaines de kilomètres autour de vous. Je ne donnerais même pas une vessie de poisson.

— C’est que vous n’en connaissez pas la valeur, jeune et naïve provinciale. Si vous aviez cette glace à New York, pendant l’été, vous pourriez, avec le prix, acheter toutes les baleines du marché.

— Parlez-vous sincèrement ? fit-elle, en me regardant d’un œil soupçonneux.

— Très sincèrement, je vous le jure.

Ma réponse la rendit songeuse. Elle soupira :

— Je voudrais bien vivre dans ce pays !

Je lui avais parlé de baleines simplement pour avoir un terme de comparaison qu’elle pût saisir. Mais elle m’avait pris au mot. Elle était persuadée désormais qu’à New York il n’y avait rien de plus abondant et de meilleur marché que les baleines. L’eau lui en venait à la bouche. J’essayai de réparer le mal que j’avais fait.

— Mais si vous habitiez New York, vous ne vous soucieriez pas des baleines. Personne ne s’en soucie.

— Et pourquoi donc ?

— Je l’ignore. C’est peut-être un préjugé. Oui, ce doit être un préjugé. C’est probablement quelqu’un qui n’avait rien de mieux à faire, et qui, un beau jour, a déclaré que la viande de baleine n’était bonne à rien. Vous savez. Il suffit que quelqu’un émette une opinion ridicule, pour que des tas de gens se croient obligés de l’adopter.

— Absolument vrai, dit la jeune fille d’un air pensif. Tenez. C’est comme le préjugé que les gens, chez nous, avaient contre le savon, autrefois.

Je la regardai tout à coup. Parlait-elle sérieusement ? Elle avait l’air tout à fait sincère. J’hésitai un moment, puis je dis, avec quelque précaution :

— Pardonnez-moi. Vous me dites que les gens, chez vous, avaient un préjugé contre le savon. « Avaient », dites-vous ?

— Oui, mais tout à fait au commencement. Personne n’en voulait manger.

— Ah ! Je comprends. Je ne saisissais pas, tout d’abord.

Elle reprit :

— Et c’était vraiment un préjugé. La première fois que des étrangers apportèrent du savon, personne n’en voulut goûter. Mais dès que ç’a été la mode, tout le monde l’a aimé. Et maintenant tous ceux qui peuvent en avoir en raffolent. Est-ce que vous appréciez le savon ?

— Moi, sûrement ! Je mourrais s’il me fallait m’en passer. Ici, en particulier. Et vous ?

— Je l’adore ! Et les chandelles, qu’en pensez-vous ?

— Je les regarde comme des objets de première nécessité. Vous les aimez ?

Ses yeux eurent un éclair. Elle s’écria :

— Oh ! Taisez-vous ! Des chandelles ! — et du savon !

— Et des intérieurs de poissons !

— Et du suif !

— Et du cambouis !

— Et de la graisse de baleine !

— Et de la viande pourrie ! et de la choucroute ! et de la cire ! et du goudron ! et de la térébenthine ! et de la mélasse ! et..

— Oh ! Assez ! Assez ! Vous allez me faire mourir de joie !

— Et tout cela, mélangé dans un seau à cambouis, et tous les voisins invités, pour un festin splendide…

Mais la vision de ce repas pantagruélique était plus que la pauvre fille n’en pouvait supporter. Elle s’évanouit, d’extase. Je pris de la neige et lui en frottai vigoureusement la figure. Elle revint à elle au bout d’un moment. Et elle reprit le fil de son histoire :

— Nous commençâmes donc à vivre dans cette belle maison. Pourtant je n’étais pas heureuse. C’est qu’il me manquait quelque chose. J’ai un cœur et je suis née pour l’amour. Sans lui, il ne pouvait pas y avoir pour moi de véritable félicité. Et je voulais, en outre, être aimée pour moi-même. Il me fallait une idole, dont je fusse, moi aussi, l’idole. Rien qu’une idolâtrie mutuelle pouvait satisfaire mon cœur ardent. J’eus des soupirants en masse. Mais tous avaient un défaut ; ce défaut, je le découvrais tôt ou tard. Ce n’est pas moi qu’ils aimaient. C’était ma fortune.

— Votre fortune ?

— Oui. Mon père est de beaucoup le plus riche de tous les gens de sa tribu, et de toutes les tribus du pays.

Je me demandai avec étonnement en quoi pouvait consister la fortune de son père. Ce n’était pas la maison. Tout le monde pouvait en construire une semblable. Ni les fourrures. Ces gens-là n’en connaissaient pas la valeur. Ce ne pouvait pas être les traîneaux, ni les chiens, ni les harpons, ni le bateau, ni les hameçons en os, ni les aiguilles, d’os également, ni autres choses semblables que possédaient, plus ou moins, tous les gens du pays. Qu’était-ce donc, qui rendait cet homme si riche et faisait affluer dans sa maison les poursuivants ? Il me parut, à la fin, que la meilleure façon de le savoir était de le demander. Ainsi fis-je. L’enfant eut l’air enchantée. Elle attendait ma question avec impatience. Elle avait autant de hâte de répondre que moi d’interroger. Elle se dandina un peu et me dit d’un ton confidentiel :

— Devinez combien il vaut ? Vous ne devinerez jamais.

J’eus l’air de réfléchir profondément. Elle surveillait mon attitude anxieuse avec un intérêt profond. À la fin, j’avouai mon impuissance et la suppliai de satisfaire ma curiosité maladive, en me disant combien valait ce Vanderbilt polaire. Elle mit sa bouche tout contre mon oreille et chuchota d’un ton pénétré :

— Vingt-deux hameçons, non pas en os, mais des hameçons d’importation, en véritable acier.

Puis, elle sauta en arrière, dramatiquement, pour observer l’effet produit. Je fis mon possible pour ne pas la désappointer. Je pâlis, et je murmurai :

— Grands Dieux !

— Aussi vrai que vous êtes là, monsieur Twain !

— Lasca, vous vous moquez de moi. Ce n’est pas possible !

Elle avait l’air toute bouleversée d’émotion. Elle s’écria :

— Monsieur Twain, c’est la vérité exacte. Vous me croyez, n’est-ce pas ? Vous avez confiance en moi. Dites que vous me croyez. Dites-le. Je vous en supplie !

— Je… eh bien, oui. Je… J’essaye de vous croire. Mais j’ai eu une telle impression. J’en suis encore tout abasourdi. Vous n’auriez pas dû me dire la chose si brusquement…

— C’est vrai. Je suis désolée. Si j’avais pu seulement penser…

— Allons ! Allons ! Je ne vous fais pas de reproche. Vous êtes jeune, et un peu irréfléchie. Évidemment vous ne pouviez pas prévoir l’effet…

— Mais si, j’aurais dû le prévoir. Je suis tout à fait inexcusable.

— Vous comprenez, ma chère Lasca, si vous aviez commencé par dire un chiffre plus faible, cinq ou six par exemple, pour commencer, puis augmenté graduellement…

— Je vois, je vois ; j’aurais ajouté un, puis deux puis… Ah ! pourquoi n’y ai-je pas pensé !

— Calmez-vous, mon enfant. Ce n’est rien. Je suis déjà beaucoup mieux. Dans un instant, il n’y paraîtra plus. Mais lancer comme cela vingt-deux hameçons d’un coup sur quelqu’un qui ne s’y attend pas, et qui, en outre, n’est pas des plus vigoureux…

— C’est un véritable crime. Je m’en rends compte maintenant. Pardonnez-moi. Dites que vous me pardonnez ! Je vous en supplie !

Après m’être laissé longtemps et très agréablement cajoler, flatter, supplier, je pardonnai, et elle fut heureuse de nouveau, et peu à peu, se décida à reprendre son récit. Je découvris alors que le trésor de la famille renfermait un autre joyau, un objet de bijouterie, évidemment, qu’elle avait la plus grande envie de me désigner clairement, avec la frayeur que cette révélation me portât un nouveau coup, peut-être mortel. Mais je voulais savoir, et je la pressai de me dire ce que c’était. Je l’assurai que cette fois je me tiendrais prêt à soutenir le choc, et que je n’en éprouverais aucun mal. Elle était pleine d’appréhension, mais la tentation était trop forte de me faire la merveilleuse révélation et de jouir de mon étonnement admiratif. Elle confessa alors qu’elle portait l’objet sur elle, et que si j’étais absolument sûr de pouvoir supporter le choc, etc., etc. Bref, elle fouilla dans sa poitrine et sortit de sous les fourrures une plaque de cuivre, carrée, tout en me regardant anxieusement. Je tombai aussitôt à moitié sur elle, dans un demi-évanouissement si bien imité, qu’elle en eut le cœur ému de joie au point de s’évanouir presque, elle aussi. Aussitôt que je fus un peu remis, elle eut hâte de connaître mon impression.

— Mon impression ? C’est que, de ma vie, je n’ai jamais rien vu de plus beau, de plus délicieusement beau.

— Réellement ? Comme vous êtes gentil ! C’est vrai que c’est un amour de bijou. N’est-ce pas ?

— Vous pouvez le dire ! J’aimerais mieux posséder ce bijou que l’Équateur.

— Je savais que vous l’admireriez. Il n’y a rien de plus beau. C’est le seul qui existe dans tout le pays. Il y a des gens qui sont venus de la mer polaire pour l’admirer. Avez-vous jamais vu le pareil ?

Je dis que non, que c’était le premier et l’unique. Il m’en coûta un peu de proférer ce mensonge généreux, car j’en avais vu des millions jadis. Ce n’était pas autre chose qu’une plaque de bagages de la gare de New York Central.

— Mais comment osez-vous, ajoutai-je, sortir toute seule avec cet objet précieux sur vous, toute seule, et sans protection, sans même un chien avec vous ?

— Pft ! dit-elle, personne ne sait que je l’ai sur moi. On croit qu’il est dans le trésor de papa. C’est d’ailleurs là qu’il est généralement.

— Et ce trésor, où est-il ?

La question était un peu brusque. La jeune fille parut surprise et eut un air soupçonneux. Mais j’ajoutai :

— Allons, voyons, vous n’avez rien à craindre de moi. Sur les soixante-dix millions d’habitants qu’il y a chez nous, quand même je serais assez indiscret pour parler de votre trésor, il n’y a pas une personne qui me croirait.

Elle se rassura, et me dit à quel endroit de la maison était caché le trésor. Puis, elle fit une digression pour me parler de la dimension des vitres de glace transparente qui formaient les fenêtres de la maison, et me demanda si, dans mon pays, j’en avais jamais vu de semblables. Je répondis avec franchise que non. Elle en fut si ravie qu’elle ne put trouver des mots pour me remercier. Il était si facile de lui plaire, et si agréable, que j’insistai :

— Ah ! Lasca, vous êtes une heureuse fille ! Cette belle maison, cet admirable joyau, ce riche trésor, toute cette neige élégante, ces somptueux icebergs et ce désert glacé sans limites, les ours, les veaux marins, la noble liberté de votre existence, l’admiration, les hommages et le respect de tous, rien ne vous manque de ce qui fait la félicité complète. Jeune, riche, belle, enviée, courtisée, vous ne pouvez former un désir qui ne soit aussitôt satisfait. J’ai vu des milliers de jeunes filles ; aucune qui possédât réunies toutes ces conditions du bonheur. Et vous méritez tout cela, Lasca, vous le méritez. Je le dis du fond du cœur !

Mes paroles la comblèrent de joie et d’orgueil. Elle me remercia avec effusion. Ses yeux et sa voix me disaient combien elle était touchée. Puis elle ajouta :

— Et cependant, mon bonheur n’est pas parfait. Il y a un nuage dans mon ciel. Le fardeau de la richesse est lourd à porter. Je me suis demandée parfois s’il ne vaudrait pas mieux être pauvre, ou, du moins, d’une richesse plus raisonnable. Je suis triste quand je vois les passants jeter sur notre maison un regard admiratif, et quand je les entends se dire, respectueusement, l’un à l’autre : — C’est elle, la fille du millionnaire ! — Et parfois il y en a qui ajoutent avec amertume : — Elle peut se rouler sur les hameçons, et nous sommes dénués de tout ! — Cela me brise le cœur. Quand j’étais une enfant, et que nous étions pauvres, nous dormions la porte ouverte, si nous voulions. Maintenant, nous avons un veilleur de nuit. En ce temps-là, mon père se montrait aimable et courtois envers tous. Maintenant, il est sévère et hautain et ne souffre aucune familiarité. Autrefois, sa famille était sa seule préoccupation. Maintenant il ne songe plus qu’à ses hameçons. Sa fortune rend tout le monde obséquieux à son égard. Quand il était pauvre, personne ne riait de ses plaisanteries qui étaient vieilles, pénibles, lamentables, et complètement dénuées d’humour. Cela n’empêche pas les gens, aujourd’hui, de rire aux éclats à ses pauvres traits d’esprit. S’ils y manquent, mon père est vexé et le leur fait voir. Autrefois, personne ne se souciait de lui demander son avis sur quoi que ce fût. Aujourd’hui, c’est lui qui le donne, sans qu’on le demande, et tout le monde applaudit ; et il sollicite ces applaudissements, sans aucune discrétion, avec un manque de tact absolu. Il a abaissé le niveau moral de toute la tribu. Autrefois, tous ces gens étaient francs, généreux ; maintenant, ils sont hypocrites, lâches, serviles. Au fond de mon cœur, je hais la richesse. Autrefois notre tribu vivait simplement et paisiblement. Les fils se contentaient des hameçons d’os dont s’étaient servis leurs pères. Maintenant, ils sont rongés par l’avarice, et sacrifieraient tout sentiment d’honneur ou de loyauté pour posséder quelques-uns de ces maudits hameçons d’acier. Mais laissons ces tristes pensées.

Comme je vous le disais, mon seul désir était d’être aimée pour moi-même. À la fin, mon rêve parut près de se réaliser. Il vint ici un étranger, qui dit qu’il s’appelait Kalula. Je lui dis mon nom, et il me déclara qu’il m’aimait. Mon cœur sauta dans ma poitrine, d’allégresse et de plaisir. Je l’avais aimé dès que je l’avais vu, et je le lui avouai. Il me pressa sur son cœur, disant qu’il n’avait jamais été aussi heureux de sa vie. Nous allâmes nous promener ensemble sur la banquise, nous faisant des confidences, formant des plans d’avenir, oh ! de quel glorieux avenir ! Quand nous fûmes fatigués, nous nous assîmes pour manger. Il avait emporté des chandelles et du savon, et j’avais de la graisse de baleine. La marche nous avait donné un merveilleux appétit. Je n’ai jamais fait un repas si délicieux. Il appartenait à une tribu de l’extrême nord. Et je découvris qu’il n’avait jamais entendu parler de mon père, ce qui me causa une grande joie. Il connaissait bien entendu le millionnaire, de réputation, mais il ignorait son nom. Ainsi, vous voyez, il ne pouvait pas savoir que j’étais une riche héritière. Et je me gardai de le lui dire. Enfin, j’étais aimée pour moi-même. Quel bonheur ! J’étais ravie, plus ravie que vous ne pouvez l’imaginer.

Cependant, l’heure du souper approchait, et je l’amenai du côté de la maison. Quand nous en fûmes tout près, il eut une grande surprise, et s’écria :

« Est-ce là qu’habite votre père ? Quelle demeure somptueuse ! »

Cela me donna un coup d’entendre le ton dont il s’exprimait, et de voir son œil s’allumer d’admiration. Mais ce ne fut qu’une impression passagère, car je l’aimais tellement, et il avait l’air si beau et si noble ! Toute la famille le reçut aimablement ; oncles, tantes et cousins lui firent le meilleur accueil. On alla inviter tous les amis, et quand la maison fut bien close et les lampes allumées, quand tout le monde se sentit à l’aise douillettement installé bien au chaud, nous commençâmes à fêter nos fiançailles, joyeusement.

Quand la soirée commença à s’avancer, la vanité de mon père reprit le dessus, et il ne put résister à la tentation de faire étalage de ses richesses, et de montrer à Kalula dans quelle opulente famille il allait entrer. Il voulait jouir de la stupeur du pauvre garçon. J’aurais pleuré quand je vis le dessein de mon père. Mais il eût été vain d’essayer de le dissuader. Je demeurai donc silencieuse, et je m’assis à l’écart, très ennuyée.

Mon père, devant tout le monde, se dirigea vers la cachette ; il sortit les hameçons, les tint un moment dans sa main, puis les versa tous ensemble sur ma tête, de telle sorte qu’ils tombèrent sur le sol aux pieds de mon amoureux.

Naturellement, ce spectacle merveilleux coupa la respiration au pauvre diable. Il demeura bouche bée, stupide d’étonnement, n’arrivant pas à comprendre comment un seul homme pouvait posséder tant de richesses. Puis, tout à coup, il eut un éclair dans les yeux et s’écria :

— Ah ! c’est vous qui êtes le célèbre millionnaire !

Mon père et tous les assistants éclatèrent d’un rire joyeux. Puis le millionnaire ramassa les précieux hameçons négligemment, comme des objets sans importance, et remit le trésor en place. Le pauvre Kalula était ahuri :

— Est-il possible, dit-il, que vous ramassiez ainsi des joyaux si précieux, sans même prendre la peine de les compter ?

Mon père eut un rire qui ressemblait à un hennissement d’orgueil, et répondit :

— On voit bien que vous n’avez jamais été riche. Un hameçon de plus ou de moins, quelle importance cela peut-il avoir ?

Kalula parut confus et secoua la tête :

— Hélas ! monsieur ! toute ma fortune ne vaut pas un barbillon de ces hameçons, et je n’ai jamais supposé qu’il pût y avoir un homme assez riche pour en négliger le compte. Le plus opulent que j’aie rencontré jusqu’ici en possédait seulement trois.

Mon père fut pris d’un nouvel accès de gaîté ; il répéta qu’il n’avait jamais songé à faire le compte de ses hameçons, non plus qu’à monter la garde, jalousement, autour d’eux. Les compter ? En réalité, il les comptait plusieurs fois par jour.

C’était à l’aurore que j’avais fait la connaissance de mon bien-aimé. Il était nuit noire quand je l’amenai à la maison, trois heures après. On approchait en effet de la grande nuit de six mois et les jours diminuaient rapidement. Nous continuâmes la fête pendant plusieurs heures encore ; enfin les hôtes partirent, et les gens de la maison s’allongèrent sur les bancs pour dormir. Bientôt tout le monde fut plongé dans le plus profond sommeil, excepté moi. Je demeurai longtemps à rêver dans l’obscurité, sans pouvoir m’endormir. Soudain, à un moment donné, je crus distinguer dans les ténèbres comme une ombre qui se mouvait et qui disparut dans les recoins sombres de la salle. Je ne pus même pas distinguer si c’était un homme ou une femme. Puis je vis cette ombre, ou une autre, repasser devant moi dans la direction opposée. Je me demandai ce que tout cela signifiait et j’en ressentis quelque appréhension. Au milieu de ma rêverie inquiète, je m’endormis.

J’ignore combien de temps dura mon sommeil, mais je sais que je fus réveillée en sursaut et que j’entendis mon père qui criait d’une voix terrible : « Par le puissant Dieu des neiges, un de mes hameçons a disparu ! » Quelque chose me dit que cela ne présageait rien de bon pour moi, et le sang se glaça dans mes veines. Mon pressentiment fut aussitôt confirmé. Mon père clamait : « Holà ! Tout le monde ! Levez-vous et sus à l’étranger ! »

J’entendis des voix menaçantes s’élever de tous les côtés, et je vis des formes s’agiter dans l’obscurité. Je me précipitai au secours de mon bien-aimé, mais tout ce que je pus faire fut d’attendre en me tordant les mains de désespoir. Il était déjà séparé de moi par un mur vivant. Il était déjà étroitement garrotté. Ce ne fut qu’une fois qu’il fut ligoté qu’on me permit de m’approcher de lui. Je me jetai en pleurant sur le malheureux calomnié, je le pressai désespérément contre ma poitrine, tandis que mon père et toute ma famille m’accablaient d’injures et proféraient contre lui les menaces les plus terribles. Il supporta tout cela avec une dignité tranquille qui me le rendit plus cher que jamais et je me sentis glorieuse de souffrir pour lui et avec lui. J’entendis mon père demander qu’on allât chercher les anciens de la tribu pour juger l’infortuné.

— Comment ! m’écriai-je. Avant d’avoir fait la moindre recherche ! Et si on retrouve l’hameçon ?

— L’hameçon ! ricanèrent-ils. Et mon père ajouta, sur un ton moqueur : « Écartez-vous, mes amis, et soyez sérieux. Voilà qu’elle va nous dire où se trouve l’hameçon perdu. » Et, tous ensemble, ils éclatèrent de rire.

Je ne me troublai pas. Je n’avais ni crainte ni doute. Je dis seulement :

— Riez, riez tant que vous voudrez. Notre tour viendra. Attendez, et vous verrez.

Je pris une lampe, je pensais que je trouverais tout de suite ce misérable hameçon. Et je me mis à le chercher avec tant de conviction que les gens devinrent graves, commençant à se demander s’ils n’avaient pas été trop prompts dans leur mouvement. Mais, hélas ! oh ! misère de cette recherche ! Il y eut un silence mortel pendant lequel les assistants auraient pu compter leurs doigts dix ou douze fois, puis mon cœur commença à défaillir, et les moqueries reprirent autour de moi, devenant plus fortes à chaque instant, et plus assurées, jusqu’à ce qu’à la fin, quand je renonçai à mes recherches infructueuses, elles éclatèrent en rires sonores et cruels.

Personne ne peut se douter de ce que je souffris à ce moment-là. Mais mon amour était mon soutien et ma force. Je pris ma place à la droite de Kalula, je passait mon bras autour de son cou et je lui murmurai :

— Vous êtes innocent, mon amour. De cela, je n’ai pas le moindre doute. Mais dites-le-moi vous-même, pour que je puisse supporter le destin qui nous accable.

Il répondit :

— Aussi sûrement qu’à cette heure je suis aux portes de la mort, je suis innocent ! Prends courage, âme désolée ! Sois calme, ô souffle de mes narines, vie de ma vie !

— Voici les anciens qui arrivent !

Et comme je disais ces mots, il y eut, au dehors, un piétinement dans la neige, puis une vision de formes se dessinant sur la porte. C’étaient les vieillards de la tribu.

Ils s’installèrent. Et mon père accusa formellement le prisonnier, en détaillant les incidents de la nuit. Il dit que l’homme de garde avait été tout le temps devant la porte, et qu’à l’intérieur de la maison il n’y avait que la famille et l’étranger. « Était-il possible d’accuser quelqu’un de la famille ? Non, n’est-ce pas ? » Il se tut. Les anciens demeurèrent quelques minutes silencieux. Au bout d’un moment, ils commencèrent à se parler les uns aux autres. « Cela va mal pour l’étranger. » Telles furent les paroles que j’entendis, pauvre infortunée. Ah ! malheureuse, malheureuse ! À ce moment même, j’aurais pu prouver l’innocence de mon ami. Mais je ne savais pas que je le pouvais.

Le président de la cour demanda : « Y-a-t-il ici quelqu’un pour défendre l’inculpé ? »

Je me levai et je dis :

— Pourquoi aurait-il dérobé cet hameçon ? Ou n’importe quel hameçon ? Dans un jour ou deux, il devait être l’héritier de tout le trésor.

Puis je m’assis. Il y eut un long silence. L’haleine de toutes ces poitrines était devant moi comme un brouillard. À la fin, les vieillards hochèrent lentement la tête l’un vers l’autre, et je les entendis murmurer :

— Il y a une apparence de vérité dans ce que vient de dire l’enfant.

Oh ! quel soulagement pour moi, soulagement momentané, mais si précieux !

— Si quelqu’un veut encore prendre la parole, dit le chef de la cour, nous l’écoutons. Tout à l’heure, il sera trop tard.

Mon père se leva et prononça ces mots :

— J’ai vu, dans la nuit, une forme passer devant moi et se diriger vers le trésor, puis s’éloigner. Je pense que c’était l’étranger.

Oh ! quel coup terrible ce fut pour moi ! Je supposais que j’étais la seule à avoir entrevu cette forme dans la nuit. Et le grand Dieu des neiges lui-même ne m’eût pas arraché mon secret. Le chef du jury, se tournant vers le pauvre Kalula, lui dit sévèrement :

— Parle ! Qu’as-tu à répondre ?

Kalula hésita, puis se décida :

— C’était moi ; je ne pouvais pas dormir, à la pensée des hameçons. J’allai vers leur cachette, je les pris, je les baisai et les caressai, pour calmer mon inquiétude, puis je les reposai soigneusement à leur place. Il est possible que j’en ai laissé tomber un, mais je n’en ai point volé.

Aveu fatal ! et le dernier qu’il aurait dû faire ! Ces paroles soulevèrent un murmure de désapprobation. Je sentis clairement qu’il venait de prononcer lui-même son propre arrêt. Sur chaque visage on pouvait lire clairement : « C’est un aveu ; un aveu simple, complet, indiscutable. »

Je ne pouvais plus respirer. Et j’entendis résonner aussitôt les paroles sinistres que j’attendais. Chaque mot m’entra dans le cœur, comme un coup de couteau.

— Par sentence de la cour, il est ordonné que l’inculpé subisse la question de l’eau.

Ah ! maudit ! maudit soit celui qui a introduit chez nous la « question de l’eau » ! Cette coutume cruelle nous est venue, il y a longtemps, de pays lointains, situés je ne sais où. Auparavant, nos pères se servaient des augures, et autres modes de divination peu sûrs, qui permettaient à quelques malheureux d’échapper à un châtiment injuste. Il n’en est pas ainsi avec la question par l’eau, invention diabolique de gens plus habiles que nous, et que nous autres, pauvres diables, n’aurions pas trouvée. Cette épreuve fait éclater sûrement l’innocence des non-coupables, car ils sont noyés, et non moins sûrement la culpabilité des criminels, car ils sont sauvés. Mon cœur se brisa dans ma poitrine, et je me dis : « Il est innocent ; donc il disparaîtra sous les flots ; et je ne le reverrai jamais ! »

Je ne le quittai plus dès ce moment-là. Je pleurai dans ses bras tout le temps qu’il m’était encore donné de rester avec lui. Et lui, épanchait dans mon cœur tout son pauvre amour désolé. J’étais si malheureuse et si heureuse à la fois ! À la fin, on l’arracha de mes bras. Je le suivis en sanglotant, je les vis le jeter à la mer, et je couvris ma face de mes mains. Oh ! quelle agonie ! Je connus tout ce que la vie a de plus cruel.

Tout à coup, j’entendis la foule éclater de rire, avec une joie malicieuse. Stupéfaite, je regardai. Oh ! vision plus cruelle encore ! Il nageait ! Mon cœur se changea en pierre, en glace, instantanément : Je me dis : « Il était coupable ; et il m’a menti. » Avec un désespoir méprisant, je tournai le dos et pris ma fuite vers la maison.

Ils allèrent à sa poursuite, le saisirent et le déposèrent sur un iceberg qui flottait à la dérive vers le sud. Puis ma famille s’en revint, et mon père me parla ainsi :

— Le criminel vous a adressé ses derniers adieux. « Dites-lui, a-t-il crié, que je suis innocent, que jusqu’à la mort je l’aimerai et penserai à elle, et bénirai le jour où il m’a été permis de contempler son doux visage. » Tout à fait joli, n’est ce pas ? Poétique, même.

— C’est un être infâme, répondis-je. Ne prononcez jamais plus son nom devant moi.

Et quant je pense que le malheureux était innocent !

Neuf mois passèrent, sombres et lugubres. Puis arriva le jour du Grand Sacrifice Annuel, le jour où toutes les jeunes filles de la tribu lavent leur figure et peignent leurs cheveux. Au premier coup de peigne que je me donnai, je fis tomber l’hameçon qui était resté depuis la date fatale dans mes cheveux où il s’était accroché, et je tombai moi-même, en sanglotant, dans les bras de mon père accablé de remords. « Nous avons fait périr un innocent, gémit-il, je ne sourirai jamais plus ! » Il a tenu parole. Depuis ce jour, il ne se passe pas un mois que je ne me peigne. Mais, hélas ! à quoi cela sert-il, maintenant !

Ainsi se termina l’humble histoire de la pauvre fille. La morale qui s’en dégage est tout ce qu’il y a de plus clair. Puisque cent millions de dollars à New York, et vingt-deux hameçons au bord de la mer arctique représentent la même fortune, il faut être fou, quand on est pauvre, pour demeurer à New York, alors qu’il est si facile d’acheter pour dix sous d’hameçons, et d’émigrer vers le nord.



Le Journal d’Ève Le Capitaine Tempête et autres contes La Visite du capitaine Tempête dans le ciel
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