Le Prince et le Pauvre/XVIII

De Utopia.
XVII Conte pour jeunes personnes de tous âges
illustré par F. T. Merrill (1848-1936), John J. Harley (1840-1919), L. S. Ipsen (1840-1920)
Mark Twain
traduit par Zyéphyrin Pomier
XIX
The Prince and The Pauper. A Tale for Young People of All Ages, illustrated by F. T. Merrill (1848-1936), John J. Harley (1840-1919), L. S. Ipsen (1840-1920), James R. Osgood & Co., Boston, 1882
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Formulaire : Édition


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CHAPITRE XVIII.



le prince parmi les mendiants.


La bande de vagabonds ressortit à l’aube et se mit en route. Le ciel au-dessus de leurs têtes était bas, le sol spongieux sous leurs pieds, l’air hivernal glacé. Toute gaîté les avait quittés : certains gardaient un silence boudeur, d’autres se rebiffaient avec irritation, aucun n’était d’humeur agréable ; tous étaient assoiffés.

L’Ébourriffeur confia « Jack » à Hugo, avec quelques brèves instructions ; il donna l’ordre à John Canty de s’en tenir éloigné et de le laisser tranquille. Il avisa aussi Hugo qu’il ne devait pas être trop rude avec l’enfant.

Au bout d’un moment le temps s’améliora, et les nuages s’éclaircirent quelque peu. La bande cessa de grelotter et son moral se releva. Ils se déridèrent de plus en plus et finalement échangèrent des quolibets et insultèrent les passants le long de la route. Cela témoignait qu’ils s’éveillaient à l’amour de la vie et de ses joies une fois de plus. La peur qu’ils inspiraient fut visible car tout un chacun leur cédait le passage, encaissait passivement leurs gaillardises et ne s’aventurait pas à répondre. Ils volèrent parfois du linge qui séchait sur les haies, sans se cacher le moins du monde des propriétaires qui ne protestèrent pas, mais parurent seulement leur savoir gré de ne pas avoir emporté la haie avec.

Plus tard ils envahirent une modeste ferme et s’y installèrent comme chez eux tandis qu’en tremblant le fermier et ses gens vidaient le garde-manger pour leur fournir de quoi déjeuner. Ils prirent l’hôtesse et ses filles par le menton en recevant la [ 224 ]nourriture qu’elles leur offraient, firent des commentaires grossiers à leur sujet, les accompagnèrent d’épithètes insultantes et rirent comme des baleines. Ils lancèrent des os et des légumes à la tête du fermier et de ses fils, les obligeant à les esquiver continûment, et applaudirent avec des hurlements de rire quand ils atteignaient leur cible. Pour finir, ils tartinèrent de beurre la tête d’une des filles qui s’était offusquée de leurs familiarités. En quittant les lieux ils menacèrent de revenir et de brûler la maison et ses habitants si quelque rapport que ce soit sur leur conduite arrivait aux oreilles des autorités.

Aux environs de midi, après une marche longue et épuisante, la bande s’arrêta à l’abri d’une haie aux abords d’une agglomération importante. Ils s’octroyèrent une heure de repos, puis l’équipe s’éparpilla pour entrer par différents côtés dans le village et y exercer leurs divers métiers. On adjoignit « Jack » à Hugo. Ils déambulèrent çà et là pendant quelques temps, Hugo guettant l’occasion de faire quelque coup mais n’en trouvant aucune— si bien qu’à la fin il dit : [ 225 ]

« Je ne vois rien à voler. C’est un endroit vraiment minable. Donc, on va mendier.

— On ? Ah, pardon ! Exerce ton métier si cela te convient. Mais moi je ne mendierai pas.

— Tu ne mendieras pas ! » s’exclama Hugo, regardant tout surpris le roi. « Et depuis quand t’es-tu amendé, je te prie ?

— Qu’entends-tu par là ?

— Ce que j’entends par là ? N’as-tu pas toute ta vie mendié dans les rues de Londres ?

— Moi ? Tu es un imbécile !

— Garde pour toi tes compliments — ne gaspille pas ton stock. Ton père dit que tu as mendié toute ta vie. Il a menti, peut-être ? Peut-être même iras-tu jusqu'à le dire, qu’il a menti, » ricana Hugo.

— Celui que tu prétends être mon père ? Oui, il a menti.

— Dis-donc, ne pousse pas ce petit jeu du fou si loin, camarade. Joues-y pour rire, pas jusqu’à te faire mal. Pour peu que je lui raconte ça, il t’écorchera vif.

— Ne te fatigue pas, je vais le lui dire moi-même. [ 226 ]

— Tu as un cran que j’apprécie, en vérité. Mais ton jugement, je ne l’admire pas. Raclées, bastons, il y en a suffisamment dans cette vie sans en plus dévier de sa route pour aller en chercher davantage. Mais trêve de discussions ; moi, je crois ton père. Je crois qu’il peut mentir, certes ; je crois qu’il le fait à l’occasion, car les meilleurs d’entre nous en usent ainsi ; sauf qu’en l’occurrence il n’y en a pas, d’occasion. Le sage n’use pas de l’excellent outil qu’est le mensonge quand il ne lui rapporte rien. Mais soit : si tu n’es plus d’humeur à mendier, qu’allons-nous faire d’autre ? On va chaparder dans les cuisines ? »

Le roi dit, d’un ton impatienté :

« Arrête ce jeu — tu me rends malade ! »

Hugo rétorqua avec irritation :

« Prends garde, camarade ; tu ne veux pas mendier, tu ne veux pas voler ; c’est entendu. Mais je vais te dire ce que tu vas faire. Tu vas leur tendre un piège pendant que moi je mendierai. Refuse donc si tu l’oses ! »

Le roi allait répliquer avec dédain quand Hugo l’interrompit :

« La paix ! Voici un quidam qui approche et qui a l’air gentil. Je vais maintenant être pris d’un accès et tomber par terre. Quand cet étranger accourra vers moi, toi tu éclateras en plaintes et tomberas à genoux en te donnant l’air de pleurer ; puis tu te mettras à crier comme si tu avais tous les diables de la misère dans ton ventre ; tu diras : « Oh, monsieur, c’est mon pauvre frère qui est malade ; nous n’avons pas d’ami ; pour l’amour de Dieu offrez un regard de vos yeux pitoyables à cet infirme désolé et des plus misérables ; prodiguez un tout petit sou prélevé sur votre richesse à celui que Dieu a frappé et qui est près de périr ! » et attention, ne cesse pas de te lamenter tant qu’on n’aura pas tiré de lui ce sou, ou tu le regretteras. »

Sur ce, Hugo se mit immédiatement à geindre, à grogner, à rouler les yeux, à trébucher et tâtonner autour de lui ; et quand l’étranger se rapprocha il se laissa tomber par terre, rampa à ses pieds en hurlant et commença à se tordre et se rouler dans la poussière, apparemment dans des convulsions d’agonie.

« Oh mon Dieu, oh mon Dieu !, s’écria le gentil étranger, oh, le pauvre petit, le pauvre petit, comme il souffre ! Là… que je t’aide à te relever. [ 227 ]

— Oh, noble seigneur, pardonnez-moi, Dieu vous le rende et vous tienne pour gentilhomme et prince… mais cela me fait si cruellement mal qu’on me touche quand je suis pris ainsi. Mon frère que voici va raconter à votre seigneurie le martyre que j’endure quand ces accès me saisissent. Donnez-moi un sou, cher seigneur, un sou, de quoi acheter un peu de nourriture, et laissez-moi à mes souffrances.

— Un sou ! Trois sous que tu auras, infortunée créature » — il fouillait fébrilement dans sa poche et les sortit « Là, mon pauvre petit, prends-les, ne me remercie pas. Et toi viens ici, garçon, et aide-moi à porter ton frère affligé vers la maison là-bas, où…

— Je ne suis pas son frère, dit le roi, l’interrompant.

— Quoi ! Pas son frère ?

— Oh, écoutez-le ! » sanglota Hugo qui à part lui grinçait des dents. « Il renie son propre frère — qui a un pied dans la tombe ! [ 228 ]

— Garçon, ton cœur est bien dur, si celui-ci est ton frère. N’as-tu pas honte ? Lui qui est à peine capable de bouger main ou pied. S’il n’est pas ton frère, qu’est-il donc alors ?

— C’est un mendiant et un voleur. Il vous a extorqué votre argent et il a ratissé votre poche. Et si vous voulez opérer une guérison miracle, posez votre bâton sur ses épaules et comptez que la Providence fera le reste. »

Mais Hugo n’attendit pas le miracle. Il s’était déjà relevé et avait filé comme le vent tandis que le monsieur le poursuivait criant : « Au voleur ! » à pleins poumons. Le roi, débordant de gratitude envers le Ciel quant à sa propre délivrance, fila dans la direction opposée et ne ralentit pas sa course avant de s’être retrouvé hors de portée. Il s’élança sur la première route qui s’offrit et eut tôt fait de perdre de vue le village. Il continua à courir de toutes ses forces pendant plusieurs heures, jetant de nerveux coups d’œil par-dessus son épaule et craignant des poursuites ; mais ses peurs finirent par se calmer, faisant place à un sentiment de sécurité et de gratitude. Il s’apercevait maintenant qu’il avait faim ; et aussi qu’il était bien las. Il s’arrêta donc dans une ferme ; mais au moment où il allait parler, on lui coupa la parole et on le fit sortir avec rudesse. Ses vêtements l’avaient desservi. [ 229 ]

Il continua à marcher au hasard, blessé et indigné, résolu à ne plus s’exposer à se faire maltraiter ainsi. Mais la faim est plus forte que l’orgueil ; si bien qu’à l’approche du soir il fit une nouvelle tentative dans une autre ferme ; cependant sa réception y fut pire que la précédente : on le traita de noms malsonnants, on le menaça de le faire arrêter comme vagabond s’il ne déguerpissait pas au plus vite.

La nuit venait, le temps était aigre et couvert ; en dépit de ses pieds douloureux le monarque avançait toujours, quoique ralentissant de plus en plus. Il était obligé de marcher : quand il s’asseyait pour se reposer le froid le pénétrait jusqu’aux os. Tout ce qu’il éprouvait, tout ce qu’il vivait, tandis qu’il traversait toute cette nuit obscure, immense et solennelle, tout était pour lui nouveau et étrange. Par moments il entendait des voix poindre, passer, puis s’évanouir, et comme il ne voyait les corps auxquels ces voix appartenaient que noyés dans une sorte de halo, il y avait dans leur surgissement quelque chose de spectral et de surnaturel qui le faisait frissonner. Il lui arriva parfois d’apercevoir un rayon de lumière — toujours éloigné semblait-il — presque dans un autre monde ; s’il percevait le tintement de la cloche d’un bélier, ce tintement était vague, lointain et indistinct ; le bêlement étouffé des troupeaux, amené vers lui par le vent nocturne en cadences fuyantes, lui faisait l’effet d’un son funèbre ; par moments montait le hurlement d’un chien par dessus les étendues obscures de champs et des forêts ; tous les sons étaient distants ; ils amenaient le jeune roi à ressentir toute vie, toute activité comme hors de portée, et à se sentir lu-même solitaire, sans compagnon, au centre d’une solitude incommensurable.

Il continuait à marcher en trébuchant, dans la fascination morose de cette expérience nouvelle, sursautant parfois au doux froissement des feuilles sèches au dessus de sa tête, tant elles évoquaient des chuchotements humains ; et à la fin il tomba soudain sur la lumière en pointillés d’une lanterne de fer-blanc toute proche. Il se recula dans l’ombre et attendit. La lanterne était posée devant la porte ouverte d’une grange. Le roi attendit un peu. Pas de bruit, pas de mouvement, personne. Il avait si froid, à rester immobile, [ 230 ]cette grange hospitalière était si engageante qu’il se décida à risquer le tout pour le tout et à y pénétrer. Il s’y faufilait vite et sans bruit quand juste au moment où il en franchissait le seuil il entendit des voix derrière lui. Il se dissimula derrière une jarre à l’intérieur de la grange et s’accroupit. Deux garçons de ferme entrèrent, apportant la lanterne avec eux, et se mirent au travail tout en causant. Tandis qu’ils allaient çà et là avec la lumière, le roi fit bon usage de ses yeux et repéra une stalle de dimensions appréciables à l’autre bout du local ; il avait pour plan de gagner cet endroit à tâtons quand il serait laissé seul. Il nota aussi l’emplacement d’une pile de couvertures pour chevaux, à mi-chemin, et projeta de les réquisitionner pour le service de la couronne d’Angleterre cette nuit-là. [ 231 ]

Les hommes en fin de compte vinrent à bout de leur tâche et partirent, refermant la porte derrière eux et emportant la lanterne. Le roi qui tremblait de froid se dirigea vers les couvertures aussi vite que l’obscurité le lui permettait, les souleva,et avançant à tâtons, atteignit sain et sauf la stalle. Au moyen de deux couvertures il se confectionna un lit, et se recouvrit ensuite des deux couvertures restantes. Le voilà devenu un monarque heureux, quoique les couvertures fussent vieilles, amincies, pas tout à fait assez chaudes, et exhalassent une puissante odeur de cheval d’une virulence presque irrespirable.

Bien que le roi fût affamé et gelé, il était par ailleurs si fatigué et avait tellement sommeil que ces deux dernières caractéristiques l’emportèrent d’abord sur les autres et il finit par s’assoupir, à demi conscient. C’est alors que juste au moment où il allait sombrer complètement dans le sommeil, il sentit à coup sûr quelque chose l’effleurer ! Il fut aussitôt réveillé, reprenant difficilement son souffle. La froide horreur de ce mystérieux contact dans le noir fit presque cesser son cœur de battre. Il resta étendu sans bouger et écouta, respirant à peine. Rien ne bougea ; aucun bruit ne se fit entendre. Il continua à écouter, et à attendre, pendant un temps qui sembla long ; rien ne bougea, encore une fois, aucun bruit ne se fit entendre. Donc finalement il s’assoupit à nouveau ; et un mystérieux effleurement s'ensuivit aussitôt. C’était atroce, ce contact léger d’une présence muette et invisible ; il en était malade, saisi par des frayeurs surnaturelles. Qu’allait-il faire ? C’était bien la question, mais il n’en connaissait pas la réponse. Devait-il renoncer à ce gîte raisonnablement confortable pour se soustraire à cette indescriptible horreur ? Mais se soustraire où ? Il ne pouvait sortir de la grange ; et fuir à l’aveuglette çà et là dans le noir, prisonnier de ces quatre murs, avec ce fantôme qui glisserait à sa suite et lui infligerait ce doux et odieux contact sur la joue ou sur l’épaule à chaque détour, était intolérable. Oui mais rester là où il était, souffrir une telle mort vivante pendant toute la nuit — était-ce mieux ? Non. Que restait-il donc qu’il pût faire ? Voyons ! il y avait une chose à faire, une seule, il le savait bien — il fallait étendre la main et trouver l’objet en question ! [ 232 ]

Y penser était facile ; mais se contraindre à le faire bien dur. Par trois fois il avança quelque peu sa main, avec une extrême prudence, et la retira précipitamment avec un cri étouffé — non parce qu’il avait rencontré quelque chose mais parce qu’il avait éprouvé soudain la certitude que cela allait se produire. Mais la quatrième fois il tâtonna un peu plus loin, et sa main rencontra quelque chose de doux et de chaud. Il fut pétrifié de terreur — son état d’esprit était tel qu’il pouvait s’imaginer que l’objet était purement et simplement un cadavre fraîchement tué et encore chaud. Il se dit qu’il mourrait plutôt que de le toucher à nouveau. Mais il eut tort de penser cela : il avait compté sans l’indestructible force de l’humaine curiosité. En fort peu de temps sa main, tout en tremblant, avait recommencé à tâtonner — en dépit de son jugement, en dépit de lui-même — à tâtonner avec persistance, malgré tout. Elle rencontra une longue chevelure ; il frémit, mais suivit cette chevelure et rencontra une sorte de cordage tiède ; il suivit le cordage et trouva un simple veau ! — car ce cordage n’était pas un cordage, mais la queue d’un veau. [ 233 ]

Le roi fut tout honteux en son for intérieur de s'être laissé à ce point effrayer et rendre misérable pour une cause aussi dérisoire qu’un veau à moitié endormi ; mais il n’aurait pas dû se le reprocher car ce n’était pas le veau qui l’avait épouvanté mais la terrifiante chose sans réalité que ce veau était devenu ; tout autre garçon, à cette lointaine époque de superstitions, eût agi et eût souffert tout comme il l’avait fait.

Non seulement le roi fut ravi que la créature n’ait été qu’un veau, mais il trouva délicieux de bénéficier de sa compagnie ; car il s’était senti si esseulé et sans ami que la société et la camaraderie ne fût-ce que de cet humble animal lui étaient bienvenues. Il avait été à tel point malmené et maltraité par sa propre espèce, que ce lui fut un grand réconfort de sentir qu’il avait enfin rencontré une créature amicale et fraternelle, dotée de gentillesse d’esprit et de douceur de cœur, quelque élévation qui pût lui manquer par ailleurs. Si bien qu'il décida de déroger à son rang et de nouer amitié avec le veau.

Tandis qu’il caressait ce dos lisse et tiède — en effet la bête était couchée près de lui et d’atteinte facile — il lui vint soudain à l’idée que ce veau pouvait lui servir de plus d’une façon. En vertu de quoi il réarrangea son lit, l’installant près de l’animal ; puis il se blottit contre le dos du veau, tira sur lui les couvertures, ainsi que sur son ami, et en une ou deux minutes y éprouva autant de chaleur et de confort qu’il en avait jamais eu sous les duveteux édredons du royal palais de Westminster. [ 234 ]

Des pensées riantes lui vinrent aussitôt ; la vie offrait une perspective plus joyeuse. Il s’était dépêtré des chaînes de la servitude et du crime, de la compagnie des vils et brutaux hors-la-loi ; il avait chaud, il était à l’abri ; en un mot, il était heureux. Le vent nocturne se levait ; il balaya le sol en nerveuses rafales qui ébranlaient l’antique grange et la faisaient résonner ; puis ses forces s’éteignirent par moments, gémirent et poussèrent des plaintes dans les coins et dans les dépendances—mais tout cela pour le roi maintenant si bien installé et si confortable ne fut que musique ; que ce vent soufflât, qu’il rageât ; qu’il frappât, qu’il heurtât ; qu’il gémît, qu’il se plaignît ; l’entendre n’était plus un tourment mais un pur plaisir. Il se borna à se rapprocher de son ami, dans un luxe de tiédeur et de satiété, et s’abîma dans l’inconscience, dans le bonheur d’un sommeil profond et sans rêves empli de paix et de sérénité. Les chiens hurlaient au loin, le bétail mélancoliquement mugissait, la fureur des vents continuait à se déchaîner, tandis que des paquets de pluie dégoulinaient furieusement le long du toit ; mais la majesté de l’Angleterre dormait sereine, et de même faisait le veau, créature qui dans sa simplicité ne se laissait pas troubler par des tempêtes ni embarrasser par le fait de dormir avec un roi.



XVII Le Prince et le Pauvre XIX


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