[ 109 ]
Nous avons laissé John Canty en train de tirer le vrai prince vers Offal Court, une foule bruyante et ravie sur les talons. Il ne se trouva qu’une seule personne pour plaider la cause du prisonnier, et on n'en tint aucun compte ; on ne l'entendit même pas, au milieu du tumulte. Le prince se débattait toujours pour se libérer, enrageait du traitement qu’on lui faisait subir, jusqu’à ce que John Canty perdît le peu de patience dont il était capable et brandît son gourdin de chêne, dans une explosion de fureur, au-dessus de la tête du prince. L’individu qui seul plaidait pour le jeune garçon bondit en avant afin d'arrêter le bras de l’homme et reçut le coup sur son propre poignet. Canty poussa un rugissement :
« Tu te mêles de ce qui ne te regarde pas, n’est-ce pas ? Reçois alors ta récompense. »
Le gourdin s’abattit sur la tête de l’indiscret ; on perçut un gémissement, une silhouette indistincte tomba à terre parmi les piétinements, gisant aussitôt délaissée dans l’obscurité : la foule, nullement dégrisée par cet épisode, s’était dispersée.
Pour finir le prince se retrouva dans le logis de John Canty, et la porte se ferma au nez des tiers. À la faible lueur d’une pauvre chandelle fichée dans une bouteille, il découvrit les principaux traits de cette immonde tanière et de ses occupants. Deux jeunes filles assez mal tenues et une femme d’âge moyen s’étaient réfugiées dans un coin de la pièce et se pressaient contre le mur avec l’air d’animaux habitués aux mauvais traitements et s’attendant avec crainte à en essuyer à présent. D’un autre coin jaillit une sorcière parcheminée aux cheveux gris dénoués et au regard mauvais. John Canty s’adressa à celle-ci :
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« Bouge pas ! V’là d’quoi jouer. Gâche pas la besogne, attends une minute, après tu pourras avoir la main lourde tant que tu voudras. Avance, garçon. Viens débiter encore tes âneries puisque tu les oublies pas. Dis ton nom. Dis qui tu es. »
Sous l’insulte, le petit prince sentit le sang lui monter aux joues. Il regarda l’homme avec indignation, fixement, et répondit :
« Votre conduite est inqualifiable, vous n’avez pas à me donner d’ordres. Je vous répète ce que je vous ai déjà dit. Je suis Édouard, prince de Galles. »
La sidérante étrangeté de cette réplique cloua sur place la sorcière et lui coupa presque la respiration. Elle considéra le prince avec un ahurissement stupide qui amusa si fort son vaurien de fils qu’il en poussa des hurlements de joie. Mais l’effet que cela produisit sur la mère et les sœurs de Tom fut différent. La peur d’être battues fit place aussitôt à une autre sorte de détresse. Elles se précipitèrent vers lui avec des visages désolés, s’exclamant :
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« Oh, mon pauvre Tom ! mon pauvre petit ! »
La mère tomba à genoux devant le prince, posa les mains sur ses épaules et le regarda avidement, scrutant son visage avec des yeux qui commençaient à s’emplir de larmes. Elle finit par dire :
« Oh mon pauvre enfant ! tes folles lectures ont fait en toi ce chemin maudit, elles ont fini par emporter ton intelligence. Ah ! pourquoi t’y es-tu accroché ainsi alors que je te mettais en garde ? Tu as brisé le cœur de ta mère ! »
Le prince la regarda dans les yeux et répondit avec douceur :
« Votre fils va très bien, il n’a pas perdu l’esprit, bonne madame. Séchez vos larmes. Conduisez-moi au palais où il se trouve ; le roi mon père vous le restituera au plus vite.
— Le roi ton père ! Oh, mon enfant ! rétracte ces paroles qui t’apporteront la mort et causeront la ruine de ton entourage. Rejette ce rêve hideux, ranime ta pauvre mémoire qui bat la campagne. [ 112 ]Regarde-moi. Ne suis-je pas ta mère, celle qui t’a porté dans ses flancs et qui t’aime ? »
Le prince secoua la tête et dit tristement :
« Dieu sait l’horreur que cela me fait de vous blesser ; mais pour dire vrai, de ma vie je n’ai vu votre visage. »
La femme retomba en position assise sur le plancher et cachant son visage dans ses mains s’abandonna de tout son cœur brisé aux sanglots et aux gémissements
« Et en avant le spectacle ! » brailla Canty.« Eh bien quoi, Nan ! eh bien quoi, Bet ! femelles sans manières, voulez-vous bien vous lever en présence du prince ? À genoux, écume de la terre, et présentez-lui vos respects ! »
À nouveau son rire sonna comme un hennissement. Les filles se mirent timidement à plaider la cause de leur frère ; et Nan dit :
« Si vous ne vous y opposez, mon père, en le mettant au lit, peut-être le repos, le sommeil, guériront-ils son mal ; je vous en supplie…
-— Je vous en prie, mon père, dit Bet, il est épuisé au delà de ses forces. Demain il sera à nouveau lui-même, il ira mendier comme il faut ; il ne reviendra pas à sec comme aujourd’hui. »
À cette remarque, le père se rembrunit, et ses préoccupations revinrent aux choses pratiques. Il se retourna avec colère vers le prince :
« Demain nous devons lui payer deux pence, à l’autre qui nous loue ce trou ; deux pence, tu as bien entendu ? tout ça pour une demi-année de loyer, faute desquelles il nous faudra partir d’ici. Montre ce que tu as ramassé aujourd’hui, paresseux. »
Le prince répondit :
« Qu’on m’épargne ces affaires sordides. Je vous le redis, je suis le fils du roi. »
Une claque retentissante de la large main du père sur l’épaule du prince l’envoya trébuchant dans les bras de la bonne madame Canty, qui le serra contre sa poitrine et l’abrita d’une grêle de gifles et de calottes en interposant sa propre personne. Les filles apeurées reculèrent [ 113 ]dans leur coin ; la grand-mère, au contraire, courut à la rescousse de son fils. Le prince s'échappa des bras de madame Canty, s’exclamant :
« Vous ne souffrirez pas pour mon compte, madame. Laissez ces porcs exercer leurs fantaisies sur moi seul. »
Ce discours exaspéra les porcs à un point tel qu’ils se mirent à l’œuvre sans perdre une minute. À eux deux ils traitèrent le garçon de fond en comble et administrèrent ensuite une raclée aux deux filles et à la mère pour avoir manifesté de la sympathie à la victime.
« Et maintenant, dit Canty, tous au lit. J'ai assez joué, je suis fatigué. »
La lumière s’éteignit et chacun se retira. Dès que les ronflements du chef de famille et de la mère témoignèrent qu’ils étaient endormis, les filles rampèrent vers la place où gisait le prince et le protégèrent du froid en le recouvrant tendrement de paille et de chiffons ; la mère rampa vers lui elle aussi, lui caressa les cheveux, pleura sur lui, ne cessant de chuchoter des paroles entrecoupées de réconfort et de compassion dans son oreille. Elle avait aussi mis de côté un peu de nourriture pour lui ; mais la raclée avait coupé au garçon tout appétit — du moins pour des reliefs insipides et peu ragoûtants. Il était touché du courage avec lequel elle prenait sa défense, un courage qui allait lui coûter cher ; touché de la compassion qu’elle osait lui témoigner ; il la remercia, dans un vocabulaire noble et princier, la suppliant de retourner dormir et de tenter d’oublier ses peines. Il ajouta que le roi son père [ 114 ]ne laisserait pas sans récompense la bonté, le dévouement et la fidélité dont elle avait fait preuve. Cette rechute de son fils dans la maladie mentale brisa à nouveau le cœur de la mère qui le serra contre sa poitrine encore et encore et revint enfin, inondée de larmes, jusqu’à son lit.
Tandis qu’elle gisait étendue livrée à ses pensées et à son deuil, l’idée s’insinua dans son esprit qu’un je ne sais quoi indéfinissable de ce garçon n’existait pas chez Tom Canty, qu’il fût fou ou sain d’esprit. Elle ne pouvait le décrire, elle ne pouvait dire ce que c’était, et pourtant son instinct aigu de mère semblait l’avoir détecté et le percevoir. Et si ce garçon n’était effectivement pas son fils ? Oh, quelle absurdité ! Cette idée la fit presque sourire, en dépit de sa peine et de ses tourments. N’importe, il lui apparut que c’était là une idée qui ne se dissiperait pas, qu’elle ne pouvait refouler et qui persistait. Cela la poursuivait ; cela la harcelait ; cela s’accrochait, cela refusait d’être chassé ou ignoré. Et enfin elle comprit qu’elle ne connaîtrait plus la paix tant qu’elle n’aurait pas conçu quelque stratagème qui lui fît savoir avec certitude, clairement, incontestablement, si ce garçon était ou non son fils, un stratagème qui lui permît de bannir ces doutes usants et épuisants. Oui, c’était assurément ainsi qu’elle pouvait se tirer de difficulté ; donc elle n’avait plus qu’à appliquer toute son intelligence à combiner ce stratagème. Sauf que c’était plus facile à dire qu’à faire. Elle échafauda dans sa tête différents plans l’un après l’autre mais dut à chaque fois y renoncer — aucun de ceux qu’elle avait envisagés n’était à la fois tout à fait sûr et tout à fait parfait ; or, si le stratagème n’était pas parfait, il ne pouvait faire l’affaire. De toute évidence c’était en vain qu’elle se creusait la tête, il était clair qu’elle devait renoncer à son entreprise. Tandis que ces idées moroses défilaient dans son esprit, son oreille capta la respiration régulière du garçon et elle sut qu’il s’était endormi. Et tandis qu’elle écoutait, cette respiration égale fut brisée par un cri étouffé, semblable à celui qu’on laisse échapper lors d’un mauvais rêve. Cet événement fortuit lui fournit aussitôt l’idée d’un plan qui à lui seul valait la combinaison de tous les précédents. Elle se redressa, fiévreusement, mais sans bruit, pour entreprendre de rallumer sa chandelle, marmottant pour elle-même, « Même sans l’avoir vu [ 115 ]à ce moment-là, j’aurais dû le savoir ! Depuis ce jour où il était petit et où la poudre lui a éclaté en plein visage, jamais il n’a été éveillé en sursaut ou tiré brusquement de ses pensées sans d'instinct mettre ses mains devant ses yeux comme il le fit alors et d'une façon inimitable, la paume non tournée vers soi mais toujours tournée vers l’extérieur — je l’ai vu cent fois, jamais il n’y a manqué. Oui, je vais savoir très bientôt à quoi m'en tenir. »
Entre temps elle avait rampé vers le garçon endormi, abritant la chandelle de sa main. Elle se pencha sans bruit, sans se trahir, au-dessus de lui, respirant à peine, ravalant son excitation, et tout à coup elle braqua la lumière sur son visage et frappa le plancher d’une chiquenaude tout près de ses oreilles. Les yeux du dormeur s’ouvrirent tout grands, il promena un regard étonné autour de lui — mais ses mains ne firent aucun mouvement particulier.
La malheureuse femme étouffait quasiment d’une surprise et d’un chagrin qu’elle ne pouvait maîtriser ; mais elle s’efforça de dissimuler ses émotions et de calmer le jeune garçon, [ 116 ]lui disant de se rendormir ; puis elle rampa de côté et soliloqua silencieusement avec elle-même sur la terrifiante issue de ses expériences. Elle tenta de se persuader que la folie de Tom avait contrecarré son geste habituel mais elle ne put y parvenir. « Non, se dit-elle, ses mains ne sont pas folles, elles n’ont pas pu désapprendre un réflexe en si peu de temps. Oh, ce jour, qu’il est lourd à porter ! »
Pourtant, un espoir subsistait, aussi obstiné que le doute qui l’avait précédé ; elle ne pouvait se résoudre à admettre le résultat de son test ; il fallait qu’elle le tentât une fois de plus — cet échec était sans doute accidentel ; si bien qu’elle tira le garçon de son sommeil une seconde fois, puis une troisième, à différents moments — pour un résultat toujours identique — et puis elle se força à regagner son lit et tomba endormie, fort malheureuse et se répétant : « Ah, mais je ne peux pas abandonner tout espoir — oh, non, impossible, impossible — il faut que ce soit mon enfant ! »
Quand il cessa d’être dérangé par les différents essais de la malheureuse mère, et comme ses douleurs s’étaient petit à petit adoucies assez pour ne plus le troubler non plus, la pure fatigue abaissa à la fin les paupières du prince en un sommeil profond et réparateur. Les heures passèrent les unes après les autres ; il dormait encore à poings fermés. Quatre ou cinq heures s’écoulèrent ainsi. L’état de stupeur où il était plongé commença à s’éclaircir. Pour finir, mi-éveillé, mi-endormi, il murmura :
« Sir William ! »
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Au bout de quelques instants…
« Hé ! Sir William Herbert ! Venez ouïr céans le plus étrange rêve que j’aie jamais… Sir William ! M’entendez-vous ? Figurez-vous que je croyais en vérité être devenu un pauvre hère et… Holà ! Gardes ! Sir William ! Quoi ! pas un seul laquais dans cette chambre ? Voilà qui va tourner mal lorsque…
— De quoi tu souffres ? » chuchota-t-on près de lui.« Qui c’est que tu appelles ?
— Sir William Herbert. Qui êtes-vous ?
— Moi ? Qui veux-tu que je sois si ce n’est ta sœur Nan ? Oh, Tom, j’avais oublié ! Tu es encore fou… Mon pauvre garçon, tu es encore fou, puissé-je ne jamais m’être réveillée pour vivre cela encore une fois ! Mais je t’en supplie, tiens ta langue, ou on va mourir sous les coups ! »
La surprise fit se lever à demi le prince, mais un élancement fulgurant de ses meurtrissures coagulées le rappelèrent à lui-même et il retomba sur sa paille grossière, gémissant et s’exclamant :
« Hélas ! Donc ce n’était pas un rêve ! »
Aussitôt, tout le poids de la détresse et de la misère que le sommeil avait effacées se fit à nouveau sentir ; il se rendit compte qu’il n’était plus le prince adulé logé dans un palais, sous les yeux de la nation entière fixés sur lui avec adoration, mais un malheureux, un exclu, déguenillé, enchaîné dans une tanière adéquate à peine pour des bêtes, en compagnie de mendiants et de voleurs.
En proie au désespoir il se mit à percevoir peu à peu un tumulte de cris et de rires, distants semblait-il de deux ou trois blocs. Suivirent plusieurs coups violents à la porte ; John Canty cessa de ronfler et demanda :
« Qui frappe ? Que voulez-vous ? »
Une voix répondit :
« Savez-vous qui a donné un coup de gourdin ?
— Non, je ne le sais pas ni ne m’en soucie.
— Faites gaffe, vous pourriez avoir à changer de ton très bientôt.Car si vous voulez conserver votre tête, [ 118 ]seule la fuite peut vous mettre à l’abri. Votre victime expire : c’est un prêtre, le Père André !
— Misère de nous ! » s’exclama Canty. Il fit lever sa famille et leur commanda d’une voix rauque : « Debout et fuyez — ou bien restez où vous êtes et vous êtes perdus ! »
En moins de cinq minutes la famille Canty était dans la rue et avait pris ses jambes à son cou. John Canty tenait le prince par le poignet et le forçait d’avancer dans l’obscurité, le menaçant à voix basse :
« Tiens ta langue, tout fou que tu es, ne révèle pas notre nom. Je vais me choisir un autre nom au plus vite pour détourner les chiens de la loi qui sont sur notre piste. Je te conseille de te taire ! »
Il grogna à l’adresse du reste de la famille :
« Si par hasard nous étions séparés, rendez-vous sous le Pont de Londres ; celui qui atteindra le premier la dernière échoppe de drapier au bout du pont attendra là jusqu’à l’arrivée des autres ; après nous fuirons ensemble vers Southwark. »
À ce moment le groupe déboucha tout à coup de l’obscurité dans la lumière ; [ 119 ]pas seulement dans la lumière, mais aussi en plein dans une foule de gens qui dansaient, chantaient et criaient, massés au bord du fleuve. Une enfilade de feux d’artifice s’étirait aussi loin que portait le regard, en amont et en aval de la Tamise ; le Pont de Londres était illuminé ; le Pont de Southwark aussi ; le fleuve s'embrasait tout entier de rougeoyantes lumières, et les détonations ininterrompues des feux d’artifice saturaient le ciel dans un entremêlement compliqué de fulgurances et d’éclats ; les étincelles crépitantes pleuvaient, faisant presque de la nuit le jour ; partout des gens se réjouissaient ; tout Londres semblait s'être déversé là.
John Canty émit un juron et donna l’ordre de reculer ; mais il était trop tard. Lui et sa tribu engloutis dans cette vibrionnante ruche humaine se trouvèrent aussitôt séparés les uns des autres sans reprise possible. Nous ne comptons pas le prince comme un membre de sa tribu ; John Canty le tenait toujours aussi fermement. L’espoir de s’échapper faisait maintenant battre le cœur du garçon. Un porteur d’eau jovial, notablement échauffé par l’abus des liqueurs, se fit bousculer violemment par Canty qui tentait de disparaître dans la foule ; il posa sa grosse main sur l’épaule de Canty et lui dit :
« Arrête-là, où files-tu si vite, mon ami ? Ton âme se laissera-t-elle emprisonner dans de sordides affaires quand tous les francs hommes libres prennent des vacances ?
— Mes affaires sont mes affaires, elles ne vous concernent pas » répliqua Canty sur un ton assez rude. « Ôtez de là votre main et laissez-moi passer.
— Puisque vous le prenez sur ce ton, vous ne passerez pas, pas avant d’avoir bu à la santé du Prince de Galles, voilà ce que je dis moi, » rétorqua le porteur d’eau, barrant résolument la route.
— Bon, aboulez ce gobelet au plus vite, au plus vite vous dis-je. »
D’autres badauds en liesse commençaient à s’intéresser à ce qui se passait. Ils crièrent :
« Et un gobelet d’amour, un ! Faites-lui boire le gobelet d’amour à ce grincheux, ou on l’envoie nourrir les poissons. »
Si bien qu’un énorme gobelet d’amour fut apporté ; le porteur d’eau tenant une anse d’une main, et de l’autre pinçant l’extrémité d’une [ 120 ]serviette imaginaire, le présenta en bonne et due forme suivant le rite traditionnel à Canty qui dut saisir l’autre anse d’une main et soulever le couvercle de l’autre comme l’exigeait la coutume. Ce geste libéra pour une seconde la main du prince, bien sûr. Ce dernier ne perdit pas une minute mais plongea dans la forêt de jambes qui l’entourait et disparut. Dans la seconde qui suivit il eût été moins facile de le retrouver qu’égarée dans l’océan Atlantique une pièce de six pence.
Il s’en était avisé aussitôt et du coup avait pris en main ses propres affaires sans plus se soucier de John Canty. Il se rendit vite compte aussi d’autre chose : il était clair qu’un faux Prince de Galles était en train de se faire fêter par la Cité de Londres à sa place. Il lui fut facile d’en conclure que le petit pauvre, Tom Canty, avait délibérément exploité la situation où un sort extraordinaire l’avait jeté, et était devenu un usurpateur.
À partir de là, une seule voie à suivre : trouver comment rejoindre le Guildhall, se faire connaître, démasquer l’imposteur. Il décida aussi mentalement qu’il faudrait accorder à Tom un laps de temps raisonnable pour se préparer l’esprit avant pendaison, traînage et écartèlement selon l’usage en vigueur en cas de haute trahison.
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