Le Prince et le Pauvre/VIII

De Utopia.
VII Conte pour jeunes personnes de tous âges
illustré par F. T. Merrill (1848-1936), John J. Harley (1840-1919), L. S. Ipsen (1840-1920)
Mark Twain
traduit par Zyéphyrin Pomier
IX
The Prince and The Pauper. A Tale for Young People of All Ages, illustrated by F. T. Merrill (1848-1936), John J. Harley (1840-1919), L. S. Ipsen (1840-1920), James R. Osgood & Co., Boston, 1882
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Formulaire : Édition


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The Prince and The Pauper, p. 095i.jpg

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CHAPITRE VIII.



l’affaire du sceau.


Vers 5 heures Henri VIII émergea d’un sommeil peu réparateur et murmura pour soi-même : « Sombres rêves ! Sombres rêves ! Ma fin est proche, voilà ce que ces songes me disent, et cela est confirmé par mon pouls défaillant. » Sur quoi une lueur mauvaise brûla en son regard et il murmura : « Mais je ne mourrai pas sans que lui me devance. »

Sa suite comprit qu’il était éveillé ; on lui demanda s’il lui plaisait de recevoir la visite du Lord Chancelier qui attendait au-dehors.

« Qu’on l’introduise ! Qu’on l’introduise ! » dit vivement le roi.

Le Lord Chancelier entra, mit un genou en terre aux pieds du souverain. Il déclara :

« J’ai transmis les ordres. Conformément aux instructions du roi, les pairs du royaume, en habits d’apparat, se tiennent dans le tribunal où ils viennent de confirmer la condamnation à mort du duc de Norfolk ; ils attendent humblement le bon plaisir à suivre de sa majesté. »

Le visage du roi étincela d’une joie féroce.

« Qu’on me soulève ! dit-il. J’irai en personne devant mon parlement ; de ma propre main je scellerai l’édit qui me débarrassera de… »

La voix lui manqua ; une pâleur de cendre effaça la rougeur de ses joues ; ses aides le réinstallèrent sur ses oreillers et se hâtèrent de lui offrir un cordial. Il s’exprimait maintenant d’un ton dolent :

« Las, la douceur de cette heure, comme je l’ai désirée ! et voilà qu’elle se présente trop tard, et que de cet heureux don de la fortune je suis dépouillé. Mais dépêchez-vous ! dépêchez-vous ! Que d’autres s’acquittent du plaisant office qui m’est dénié. J’engage [ 98 ]mon grand sceau sur cette commission : dressez la liste des lords qui en feront partie, et vite au travail ! Hâtez-vous ! Avant que le soleil se soit levé et couché à nouveau, qu’on m’apporte sa tête, que je puisse la voir.

— Il en sera selon les ordres du roi. Sera-ce le bon plaisir de votre majesté que le Sceau me soit redonné afin que je puisse procéder à ce qu’il y a à faire ?

— Le Sceau ? Qui donc le garde si ce n’est toi ?

— Que votre majesté veuille bien se souvenir qu’elle me l’a pris il y a deux jours, interdisant qu’on l’utilise tant que votre royale main ne l’aura pas apposé sur la condamnation du duc de Norfolk.

— Ah c’est vrai. Cela me revient en effet… Où ai-je mis ce Sceau !… Je suis très affaibli… Ma mémoire me trahit si souvent ces jours-ci… C’est bien étrange, bien étrange… »

Le roi continua à proférer des mots inarticulés, hochant faiblement de temps en temps sa tête grise et tâtonnant pour retrouver ce [ 99 ]qu’il avait pu faire de ce Sceau. Finalement Lord Hertford osa mettre un genou en terre et lui rappeler :

« Sire, si je peux avoir la hardiesse de m’exprimer à ce sujet, plusieurs personnes présentes ici se souviennent comme moi que vous avez remis le Grand Sceau entre les mains de son Altesse le Prince de Galles pour le conserver jusqu’au jour où…

-— Juste, très juste ! interrompit le roi. Allez le chercher tout de suite. Faites vite ! Le temps n’attend pas ! »

Lord Hertford vola chez Tom, mais ne fut pas long à revenir chez le roi, troublé et les mains vides.

« Je suis navré, Sire, de rapporter de si importunes et fâcheuses nouvelles ; mais Dieu a voulu que le prince soit encore malade : il ne peut retrouver le souvenir d’avoir reçu le Sceau. Si bien que me voilà promptement de retour, car il m’a semblé que c’était une perte de temps précieux et une entreprise vaine que de commencer à fouiller la longue enfilade de chambres et de salons qui appartiennent à son Alt… »

Un gémissement du roi interrompit le lord. Au bout d’un moment sa majesté proféra avec des inflexions d’une profonde tristesse :

« Qu’on ne dérange plus ce malheureux enfant. La main de Dieu s’est appesantie sur lui ; mon cœur saigne de compassion et d’amour à son encontre et de deuil de ne pouvoir charger de son fardeau mes vieilles épaules, rompues à la peine, pour lui apporter ainsi la paix. »

Il ferma les yeux, prononça encore quelques paroles inaudibles et finit par se taire. Quelques instants plus tard il rouvrit les yeux, regarda sans voir ce qui l’entourait, jusqu’à ce que son œil se posât sur le Lord Chancelier toujours à genoux. Tout de suite son visage s’enflamma de colère :

« Quoi, encore ici ? Par la gloire de Dieu, si tu ne t’occupes pas immédiatement de ce traître, ta mitre se retrouvera demain en vacances faute d’une tête où se poser ! » Le Chancelier répondit tout tremblant :

« Majesté, de votre bonté j’implore miséricorde ! J’attendais le Sceau. [ 100 ]

— Bonhomme, as-tu perdu l’esprit ? Le petit Sceau qu’il me plaisait jadis d’emporter en voyage est rangé dans mon trésor. Si le Grand Sceau a disparu, cet autre ne peut-il suffire ? As-tu perdu l’esprit ? File ! Et prends garde à toi… ne reviens pas sans m’apporter sa tête. »

Le malheureux Chancelier s’éloigna en toute hâte de ces dangereux parages ; la Commission apposa en toute hâte l’approbation royale sur les documents présentés par le servile Parlement, et fixa au lendemain la décapitation du premier pair d’Angleterre, l’infortuné Duc de Norfolk.



VII Le Prince et le Pauvre IX


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