Le Prince et le Pauvre/IX

De Utopia.
VIII Conte pour jeunes personnes de tous âges
illustré par F. T. Merrill (1848-1936), John J. Harley (1840-1919), L. S. Ipsen (1840-1920)
Mark Twain
traduit par Zyéphyrin Pomier
X
The Prince and The Pauper. A Tale for Young People of All Ages, illustrated by F. T. Merrill (1848-1936), John J. Harley (1840-1919), L. S. Ipsen (1840-1920), James R. Osgood & Co., Boston, 1882
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Formulaire : Édition


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The Prince and The Pauper, p. 101i.jpg
La fête nautique

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CHAPITRE IX.



la fête nautique.


À neuf heures du soir, l’eau du fleuve qui coulait devant le palais étincelait de lumières. Le fleuve lui-même, aussi loin que le regard pouvait atteindre en direction de la Cité de Londres, était si densément recouvert de bateaux de plaisance et de péniches frangées de lanternes multicolores bercées par les vagues, qu’il évoquait un jardin rougeoyant et sans limites de ces fleurs que font remuer doucement les vents de l’été. La noble terrasse aux degrés de pierre qui menait jusqu’à l’eau, si vaste qu’on aurait pu y masser l’armée entière d’une principauté germanique, formait un tableau à ne pas manquer, avec ses rangs de hallebardiers royaux aux armures polies, et ses nuées de serviteurs aux brillants costumes qui voletaient en tous sens. et s’affairaient aux préparatifs.

À la fin, un ordre fut donné, et toutes les créatures vivantes qui étaient sur les degrés disparurent instantanément. L’air s’alourdit de chuchotements et d’attente. Aussi loin que portait le regard, on pouvait voir sur les bateaux des gens qui par milliers se dressaient, abritaient leurs yeux de la lumière des lanternes et des torches, et regardaient fixement vers le palais.

Une file de quarante ou cinquante péniches officielles remonta le courant en direction des marches. Elles étaient richement ornées, leurs proues hardies et leurs poupes portaient des sculptures compliquées. Quelques-unes d’entre elles étaient décorées de bannières et de guirlandes ; d’autres de fils d’or et d’argent dans leurs blasons ; d’autres de drapeaux de soie portant d’innombrables clochettes d’argent qui lançaient à la ronde des averses de petites notes joyeuses et argentines chaque fois que [ 104 ]la brise les agitait. D’autres montraient plus de prétention, appartenant à des personnes de la noblesse qui vivaient dans la proximité immédiate du prince ; leurs côtés arboraient des barrières écussonnées d’armoriaux somptueux. Chacune des péniches officielles était surmontée d’une tente. Outre les rameurs, ces tentes abritaient une multitude de soldats, aux casques et aux armures étincelants, ainsi qu’ une cohorte de musiciens.

L’avant-garde du cortège attendu apparaissait maintenant à la grille d’honneur, formée d’un corps de hallebardiers. Ceux-ci étaient vêtus de capes rayées brun et fauve, de bonnets de velours portant sur les côtés des motifs d’argent en forme de roses ; [ 105 ]de pourpoints d’hermine et d’étoffes bleues brodés devant et derrière des trois plumes, emblème du prince, tissées d’or. Les tiges de leurs hallebardes étaient recouvertes d’écarlate, cloutée d’argent, ornée de pompons d’or. Ils se rangèrent à droite et à gauche, formant deux longues lignes qui se déployaient depuis la grille du palais jusqu’au bord du fleuve. Une épaisse étoffe ou tapisserie rayée fut alors dépliée et étendue à terre par les laquais du prince, habillés de livrées d’écarlate et d’or. Quand ce fut fini, une fanfare de trompettes éclata, venue de l’intérieur. Un prélude joyeux fut joué par les musiciens sur l’eau ; deux dignitaires portant des bâtons blancs s’avancèrent lentement et majestueusement devant le portail. Ils furent suivis par un officier présentant la masse, emblème de la cité, après quoi suivit une autre personne qui portait les clés de la ville ; puis plusieurs sergents de la garde civile dans leurs plus beaux atours, et dont les manches arboraient des blasons ; puis le porteur de la Jarretière royale, dans son carrosse particulier ; puis plusieurs Chevaliers du Bain, aux manches incrustées de dentelle blanche, puis les Écuyers ; puis les Juges avec leurs grands chapeaux et leurs robes d’écarlate, puis le Grand Chancelier d’Angleterre, dans sa robe d’écarlate ouverte sur le devant et surfilée d’argent ; puis une députation de bourgmestres dans leurs capes d’écarlate ; ensuite les représentants des différentes entreprises publiques dans leurs uniformes respectifs ; suivaient à présent douze gentilshommes français splendidement habillés de pourpoints de damas blanc strié d’or, de manteaux courts de velours cramoisi rayé de taffetas violet, de hauts de chausse de couleur chair ; ils descendirent les marches. Ils escortaient l’ambassadeur de France et furent suivis de douze cavaliers qui escortaient l’ambassadeur d’Espagne, vêtus de velours noir sans aucun ornement. Après eux passèrent plusieurs figures de la haute noblesse anglaise avec leur suite.

Il y eut une fanfare de trompettes à l’intérieur ; l’oncle du prince, le futur grand duc de Sommerset, émergea à son tour, habillé d’un « manteau noir damassé d’or, une cape de satin cramoisi [ 106 ]avec des fleurs d’or et des rubans quadrillés d’argent. » Il fit demi-tour, ôta son chapeau à plumes, se courba en une profonde révérence, et descendit les marches à reculons, exécutant une révérence à chaque marche. Puis une sonnerie prolongée de trompettes se fit entendre et une voix proclama :« Place au haut et puissant seigneur Édouard, Prince de Galles ! » Au loin, là haut, sur les murs du palais, une longue ligne de langues de flammes rougeoyantes fusa dans un tonnerre de canons ; la foule massée au bord du fleuve poussa des clameurs de bienvenue ; et Tom Canty, cause et héros de tout cet ensemble, apparut, inclinant légèrement sa tête princière.

Il était « magnifiquement vêtu d’un pourpoint de satin blanc, à l’empiècement pourpre semé de diamants et bordé d’hermine, le tout recouvert d’un manteau de brocard d’or, brodé de l’emblème à trois plumes souligné de satin bleu, constellé de perles et de pierreries et fermé par un clip de brillants. À son cou pendaient l’ordre de la Jarretière et plusieurs hautes décorations étrangères » ; de l’endroit où de la lumière tombait sur ces joyaux fusaient des rayons éblouissants. Ô Tom Canty, né dans un taudis, nourri dans les gouttières de la cité de Londres, habitué des haillons, de la crasse, de la misère, quel spectacle offres-tu donc-là !



VIII Le Prince et le Pauvre X


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