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[ 21 ]Comment naquirent le Prince et le Pauvre
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Dans l’antique cité de Londres, un certain jour d’automne du second quart du XVIe siècle, un garçon naquit dans une famille pauvre du nom de Canty, famille qui n’avait nul besoin de sa présence. Le même jour, dans une famille riche du nom de Tudor et qui avait de lui le plus grand besoin, naquit un autre jeune Anglais, lequel était réclamé de surcroît par l’Angleterre tout entière. L’Angleterre avait eu de lui un désir et une espérance tels, avait si fort prié Dieu pour l’avoir, que, maintenant qu’il était né, le peuple se montra presque fou de joie. On embrassait en pleurant des gens qu’on connaissait à peine. Tout le monde prit des vacances,
[ 24 ]petits et grands, riches et pauvres ; on festoya, chanta, dansa, déborda de gentillesse pendant des jours et des nuits d’affilée. Le jour, Londres offrait un spectacle remarquable, avec ses gaies bannières qui dansaient sur tous les balcons et sur tous les toits, et ses splendides parades sur l’eau. La nuit n’était pas moins éclatante avec ses grands feux de joie à tous les coins de rues, et les réjouissances de fêtards qui s’y regroupaient. Il n’était question dans toute l’Angleterre que de ce nouveau-né, Édouard Tudor, prince de Galles, qui, dans ses langes de soie et de satin, reposait inconscient des réactions provoquées par sa venue, inconscient du haut rang des Lords et des Ladies qui prenaient soin de lui, sans qu’il en eût souci. Mais on ne parlait pas de l’autre bébé, Tom Canty aux langes troués, sinon dans la pauvre famille dont il était venu alourdir le fardeau. [ 25 ]
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