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Chapitre I
Parfaitement. Il y avait une trentaine d’années que j’étais mort, et je commençais à me sentir un peu anxieux. Songez-y. Pendant tout ce temps, j’avais erré à travers l’espace, comme une comète. Et j’en avais rencontré, d’autres comètes, sur ma route ! Des tas. Naturellement, il n’y en avait aucune qui suivît le même chemin que moi. Les comètes tournent en rond comme la boucle d’un lasso qu’on lance, tandis que je me dirigeais dans le ciel, droit comme une flèche. Mais, de temps en temps, j’en rencontrais une qui suivait la même route que moi pendant une heure ou deux, et nous voyagions de conserve. Il fallait toutefois que ce fût une comète particulièrement rapide. La plupart du temps, je les dépassais aussi vite que si elles eussent été immobiles. Une comète ordinaire ne fait pas plus de 200 000 milles à la minute, environ. À part de rares exceptions, je les voyais juste apparaître et s’évanouir derrière moi. On ne pouvait pas appeler cela une course. C’était à peu près comme un train de marchandises à côté d’une dépêche télégraphique. Une fois pourtant que j’eus dépassé les bornes de notre système astronomique, j’en rencontrai de plus en plus qui pouvaient se mesurer avec moi. Je me rappelle une nuit en particulier où j’allais à une bonne allure, ayant le vent favorable. Je ne devais pas faire, d’après mes calculs, moins d’un million de milles à la minute, quand j’aperçus, à bâbord, une comète d’une dimension colossale. D’après la position de ses feux, je jugeai qu’elle suivait une direction nord-est, nord-nord-est. Nous étions si bien placés que je ne voulus pas perdre la chance. Je saisis le gouvernail d’une main ferme et me précipitai vers elle. Vous m’auriez entendu fendre l’air, comme une mouche électrique. Je laissais derrière moi une traînée lumineuse qui embrasait l’atmosphère. La comète m’était d’abord apparue dans le lointain, pâle et bleue, comme une torche à moitié éteinte. Mais à mesure que j’avançais, elle grandissait et devenait plus brillante. Je me trouvai subitement enveloppé dans sa traînée lumineuse au point d’en être ébloui et aveuglé. Je ralentis donc un peu ma marche de manière à me tenir avec elle bord à bord. Je n’essaierai pas de donner une idée de ses dimensions. À côté d’elle, j’avais exactement l’air d’un moucheron comparé au continent américain. Je gagnai un peu de vitesse, et courus cent cinquante millions de milles le long de son flanc. J’avais à peine, à ce moment-là, atteint sa ceinture. Nous ne savons rien sur les comètes. Si l’on veut s’en faire une idée exacte, il faut sortir de notre misérable système solaire et aller dans l’immensité, où elles ont de la place pour circuler. Ma parole, j’ai rencontré là des comètes d’une telle dimension qu’elles n’auraient pas pu tenir, immobiles, dans l’orbite d’une des nôtres, de celles qui ont le plus long parcours. La queue aurait dépassé.
Je voguai rapidement pendant encore cent cinquante millions de milles et j’arrivai à la hauteur de son épaule, pour ainsi parler. À ce moment-là, j’aperçus le capitaine sur la dunette. Il me vit aussi et dirigea sa longue-vue dans ma direction. Je l’entendis aussitôt crier :
« Eh ! là-bas ! chargez les chaudières. Mettez cent millions de billions de tonnes de soufre en supplément ! Tout le monde sur le pont !
— Oui, monsieur.
— Faites monter deux cent mille millions d’hommes pour larguer les cacatois.
— Bon.
— Mettez toute la voile ! Lâchez tout ! Poussez les feux ! »
Dans l’espace de trois secondes, la comète présenta un spectacle extraordinaire. Toutes les voiles déployées emplirent le ciel. Le soufre fumait par les cheminées. Impossible de se faire une idée de ce tableau, et de se représenter l’odeur épouvantable du soufre en combustion. Les machines crachaient et hurlaient. On entendait des millions de sifflements. La comète filait à toute vapeur.
Ce fut une course enragée. Jamais encore je ne m’étais laissé battre de vitesse par une comète. Mon honneur était engagé. J’avais ma réputation dans l’espace et je tenais à la garder. Je ne gagnais pas autant qu’avant, mais je gagnais tout de même encore un peu sur mon concurrent. Une excitation extraordinaire régnait à son bord. Plus de cent billions de passagers étaient montés des cabines, et, penchés sur le bastingage, suivaient la course. Des paris s’étaient engagés. Naturellement cette masse de gens faisait pencher le navire et nuisait à sa vitesse. Le capitaine se précipita, son porte-voix à la main.
« Au milieu du navire ! Au milieu du navire ! tas d’idiots ! Ou je vous casse la tête jusqu’au dernier ! »
Je continuais à gagner de vitesse, pendant ce temps, et j’étais arrivé juste au niveau du nez rutilant de la comète. Le capitaine s’était porté à l’avant, avec le second. Ils étaient tous les deux en bras de chemise et en pantoufles, les cheveux ébouriffés, les yeux hagards. Mon Dieu ! comme ces deux hommes avaient l’air furieux ! Je ne pus y résister. Je me mis à leur faire des pieds de nez, en même temps que je chantais :
« Ta, ta, ta, ta ! Vous n’avez pas de commissions pour votre famille ? »
C’était une faute. Je l’ai souvent regrettée, voyez-vous. Je crois que le capitaine avait renoncé à la lutte. Mais cette moquerie l’exaspéra subitement. Il pâlit et se tourna vers le second :
« Les chaudières sont chargées à bloc ?
— Oui, monsieur.
— Nous reste-t-il en outre le nécessaire pour continuer notre route ?
— Sûrement.
— Quelle quantité de combustible avons-nous chargée pour le compte de Satan, à part notre provision ?
— Dix-huit cent mille billions de quintillions de kazarks.
— Bravo ! Jetez toute la cargaison par-dessus bord ! »
Lecteur, regardez-moi bien en face et tâchez de rester calme. J’ai appris par la suite que le kazark est l’unité de mesure employée dans la navigation interstellaire et qu’un kazark équivaut exactement au poids de cent soixante-neuf globes comme notre globe terrestre ! Tout fut jeté par-dessus bord. Ce fut, vu la rapidité de la chute et l’inflammation du frottement, comme si des millions d’étoiles éclataient dans la nuit au-dessous de moi. Quant à la course, il n’en fallait plus parler. Aussitôt qu’elle se fut ainsi allégée, la comète fila devant moi exactement comme si j’avais jeté l’ancre. Le capitaine était sur le gaillard d’arrière. J’eus tout juste le temps de le voir porter son pouce à son nez, la main en éventail, et de l’entendre me dire :
« Ta, ta, ta, ta ! Avez-vous des commissions pour vos amis dans les Tropiques éternels ?… »
Quelques secondes après, la comète n’était plus qu’une lueur pâle dans l’immensité.
Mais il me semble que je me suis un peu écarté de mon sujet, et de ma route. Vous vous rendez compte maintenant de la vitesse à laquelle j’allais. Comme je l’ai dit, après trente ans, je commençais à en avoir assez. La promenade, pour si agréable qu’elle fût, devenait un peu monotone. J’aurais bien voulu arriver enfin quelque part. Je n’étais pas parti avec l’idée de croiser éternellement. Au commencement, rien ne me pressait, car j’appréhendais de m’arrêter dans quelque escale un peu chaude. Mais maintenant je devais avoir dépassé ces parages dangereux depuis longtemps.
Une nuit, — c’était continuellement la nuit, excepté quand je passais dans le voisinage de quelque étoile, occupant pour un moment tout l’espace et l’emplissant de clarté ; mais au bout d’une minute ou deux je me retrouvais nécessairement plongé dans les ténèbres épaisses. Les étoiles ne sont pas aussi voisines les unes des autres qu’elles paraissent l’être de loin. — Où donc en étais-je ? Ah ! oui. Une nuit, je voguais paisiblement dans l’espace, quand j’aperçus à l’horizon une longue rangée de lueurs tremblantes. À mesure que j’approchais, l’éclat des lumières grandissait. Et quand je fus arrivé plus près, j’eus l’impression de me trouver devant d’immenses fournaises.
Je me dis à moi-même, étant tout seul :
« Par saint Georges, me voilà enfin arrivé, et à la mauvaise place, sûrement. »
Alors je m’évanouis.
J’ignore combien de temps je restai avant de reprendre mes esprits, mais ce dut être assez longtemps. Car lorsque je me réveillai, l’horrible spectacle avait disparu. Une clarté merveilleuse emplissait l’espace, pareille à celle du plus agréable soleil levant. Et l’air était embaumé des plus suaves senteurs. Ce que j’avais pris pour des fournaises, étaient des portes, de plusieurs milles de haut, toutes constellées de joyaux étincelants.
Elles étaient enchâssées dans un mur d’or massif dont on ne voyait pas la fin et qui se prolongeait à l’infini, à droite et à gauche, en haut et en bas. Je me trouvais devant une de ces portes, et je m’aperçus alors que l’espace autour de moi était rempli de millions de gens qui se dirigeaient vers l’entrée.
Et cette foule immense faisait un tapage que je ne pouvais plus, heureusement, qualifier d’infernal.
Je me glissai par la porte, suivant la foule. Et quand ce fut à mon tour, le maître-clerc m’interpella d’un air affairé :
« Allons, vite ! D’où êtes-vous ?
— De San Francisco, dis-je.
— San Fran… quoi ? fit-il.
— San Francisco. »
Il se gratta la tête et parut embarrassé. Puis il dit :
« Est-ce une planète ? »
Par saint Georges, a-t-on idée de ça ? Une planète !
« Mais non, répondis-je, un peu impatienté. Ce n’est pas une planète. C’est une ville. Et c’est même une fort belle, et grande, et…
— Bon ! Bon ! Nous n’avons pas de temps à perdre en conversation. Les villes ne nous regardent pas. D’où êtes-vous, d’une façon générale ?
— Oh ! fis-je. Je vous demande pardon. Mettez : Californie. »
Il réfléchit encore d’un air maussade, puis reprit :
« Je ne connais aucune planète de ce nom. Est-ce une constellation ?
— Oh ! Bon Dieu ! Une constellation, dites-vous ? Mais non. C’est un État.
— Je vous répète que nous ne pouvons pas nous occuper des États, pas plus que des villes. Voulez-vous me dire, une fois pour toutes, d’où vous êtes, en général, dans un sens large. Comprenez-vous ?
— Ah ! Je saisis. Je suis d’Amérique ; des États-Unis d’Amérique. »
Cette fois, je le tenais. Il n’avait rien à répondre. Sa figure devint aussi lugubre qu’un bouclier après la bataille. Il se tourna vers un sous-clerc et lui demanda.
« Amérique ? Qu’est-ce que c’est que l’Amérique ?
— Je ne connais aucun monde de ce nom, répondit le sous-clerc.
— Un monde ? fis-je. Qu’est-ce que vous dites, jeune homme ? Ce n’est pas un monde, ou du moins c’est le Nouveau Monde. C’est une contrée ; un continent. C’est Christophe Colomb qui l’a découvert. Je pense que vous avez entendu parler de lui. Vous y êtes, maintenant. L’Amérique, monsieur, l’A-mé-ri-que.
— Silence ! dit le maître-clerc. Une fois pour toutes ; d’où êtes-vous ?
— Ma foi ! Je ne sais plus que répondre. Que voulez-vous que je vous dise ? Pour parler en général, je viens du monde évidemment.
— Ah ! Voilà qui commence à s’éclaircir. Et de quel monde venez-vous ? »
Cette fois-ci, j’étais cloué. Je le regardai, stupéfait. Il avait l’air tout à fait las. Enfin, il éclata :
« Allons ! Dites ! Quel monde ? Il y en a des millions et des millions, de mondes. Vous ne dites rien ? Circulez, alors. Au suivant ! »
Je m’écartai tout penaud. Un homme couleur de ciel prit ma place. Il avait sept têtes et seulement une jambe. Je sortis pour prendre l’air. Il y avait, comme avant, des myriades de gens qui affluaient vers la porte. Tous étaient couleur bleu de ciel. Tous avaient sept têtes et une jambe. J’essayai d’entrer en conversation avec eux. Mais je fus dégoûté de mon insuccès. Je me décidai à rentrer, et m’assis tristement dans le vestibule.
« Eh bien ? me dit le maître-clerc.
— Eh bien, monsieur, répondis-je sur un ton fort humble, je cherche comment je pourrais vous indiquer de quel monde je viens. Peut-être pourrez-vous savoir si je vous dis… C’est le monde que Notre Divin Sauveur est venu racheter. »
Il inclina la tête, dévotement. Puis il continua sur un ton aimable.
« Les mondes qu’il a sauvés sont aussi nombreux que les portes du Ciel. Personne ne peut les compter. Mais voyons. Peut-être nous nous y retrouverons. À quel système astronomique appartenez-vous ?
— C’est celui où il y a le Soleil, et la Lune, et Mars, et Neptune… »
Il secouait la tête à chacun de ces noms. C’était sûrement la première fois qu’il les entendait prononcer.
Je continuai :
« Et Uranus… et Jupiter…
— Halte-là ! dit-il. Une minute… Jupiter… Jupiter… Il me semble me rappeler vaguement que nous avons eu un homme qui venait de Jupiter, il y a huit ou neuf cents ans. Mais les gens de ce système entrent rarement par cette porte… »
En disant cela, il se mit à me regarder tout à coup, droit dans les yeux, et j’eus l’impression que son regard me traversait de part en part.
« Dites donc, continua-t-il, est-ce que vous êtes venu directement de votre système ?
— Oui, monsieur », répondis-je, en rougissant un peu.
Il me regarda d’un air sévère et dit :
« C’est un mensonge. Ce n’est pas ici le lieu pour mentir. Vous vous êtes éloigné de votre chemin. Dites-moi la vérité. »
Je répondis, en rougissant de plus belle :
« Je regrette, et je retire ce que j’ai dit. La vérité, c’est que j’ai rencontré une comète, et que j’ai fait une petite course avec elle, et que…
— Bon, bon, au fait !
— …une petite course, et ensuite j’ai repris mon chemin tout droit, aussi droit que possible.
— Peu importe. C’est ce qui a causé tout le mal. Vous avez fini par vous trouver devant une porte qui est à des billions de lieues de celle par où vous auriez dû entrer. Si vous vous étiez présenté à la bonne porte, on aurait su là tout ce qui concerne votre monde et vous n’auriez pas perdu de temps. Enfin, on va essayer d’arranger cela. »
Il se tourna vers le sous-clerc et lui demanda :
« Savez-vous à quel système solaire appartient Jupiter ?
— Je ne me rappelle pas, monsieur. Mais ce doit être un des systèmes les plus récents, là-bas, très loin, dans quelque coin perdu de l’univers. »
Il prit un ballon et se mit à monter le long d’une carte qui se trouvait sur le mur, aussi vaste que l’île de Rhodes. Je le vis aller à droite et à gauche, descendre, remonter jusqu’à ce que je l’eusse perdu de vue. De temps en temps, il redescendait pour prendre quelque chose à manger, puis disparaissait de nouveau. Cela dura deux ou trois jours, au bout desquels il revint enfin, disant qu’il croyait bien avoir trouvé sur la carte le monde dont je parlais, mais que ce pourrait bien aussi n’être que des chiures de mouches. Il réclama donc un microscope pour s’en assurer, et repartit.
De retour, il me demanda de lui décrire ma planète et de lui indiquer à quelle distance elle se trouvait du soleil. Je lui donnai toutes les explications. Elles concordaient. C’était bien cela.
Dès lors, je me trouvai tiré d’affaire. Et l’on me permit d’entrer.
Le maître-clerc et ses acolytes se remirent à leur travail, sans plus se préoccuper de moi. Je ne me trouvais pas plus avancé. J’aurais bien voulu avoir d’eux quelques renseignements supplémentaires, mais je n’osais vraiment pas les déranger encore une fois. À la fin, pourtant, je n’y tins plus, et je fis un signe au maître-clerc.
« Comment, s’écria-t-il, vous êtes encore là ? On n’aura donc jamais fini avec vous ! »
Je m’approchai de lui, et faisant un cornet de mes deux mains, je lui dis à l’oreille, d’une voix basse et sur un ton confidentiel :
« Je vous demande pardon… Je suis désolé de vous déranger une fois de plus… Mais vous avez oublié quelque chose.
— Oublié quelque chose ? Quoi donc ?
— Regardez-moi, fis-je. Regardez-moi attentivement. »
Il m’examina scrupuleusement, des pieds à la tête.
« Eh bien ? fit-il.
— Eh bien ? Vous ne remarquez rien d’extraordinaire ? Est-ce qu’il vous semble que je suis pareil aux élus d’ici ? Croyez-vous que je ne vais pas attirer l’attention des gens, être l’objet d’une curiosité insupportable pour moi ? Ne me man-que-t-il pas quelque chose pour être un élu parfait ?
— Je ne vois pas, dit-il, d’un air ingénu. Qu’est-ce qu’il vous faut ?
— Ce qu’il me faut, c’est ma harpe, ma couronne, mon auréole, mon livre de cantiques et ma palme. J’ai droit à tout cela, puisque je suis dans le ciel. Je ne réclame que mon dû. »
Ah ! mes amis. Non, jamais je n’ai vu un homme ou un ange, aussi étonné. Il avait l’air stupéfait. Il fut un moment avant de pouvoir répondre.
« Vraiment, vous êtes une vraie curiosité, par quelque bout qu’on vous prenne. Jamais je n’ai entendu parler de ces choses-là. »
Je haussai légèrement les épaules et je dis :
« Ne regardez pas mes paroles comme une offense, je vous en prie. Mais, réellement, pour un homme qui a vécu dans le ciel aussi longtemps que je vous suppose y avoir vécu, vous ne m’avez pas l’air très au courant des coutumes du pays.
— Les coutumes du pays ! s’écria-t-il. Mais le ciel est vaste, cher monsieur. Il y a bien des pays, dans le ciel. Vous-même, n’avez-vous pas remarqué des usages différents, dans les diverses parties de cette planète ridiculement petite d’où vous venez? Comment voulez-vous que je connaisse les habitudes de toutes les régions célestes ? Il y en a des millions. Je connais ce qui concerne les gens qui doivent entrer par cette porte et quelques-unes des portes voisines. Et croyez-moi. J’ai eu tout juste le temps d’apprendre le nécessaire et de me le fourrer dans la tête, pendant les trente-sept millions d’années que j’ai consacrées, nuit et jour, à cette étude. Mais cette idée de vouloir que je connaisse les usages et coutumes de tout le ciel ! O Homme, que votre langage est insensé ! Je veux bien croire que les absurdités dont vous me parlez soient en usage dans votre ciel. Mais, pour Dieu ! ne venez pas nous raser avec des usages dont nous n’aurons jamais que faire, et dont nous n’avons jamais entendu parler. »
Je compris qu’il avait raison. Je lui souhaitai donc le bonsoir et je m’éloignai. Toute la journée, j’errai dans la grande salle où je me trouvais et qui me parut une sorte de vestibule. J’espérais toujours trouver une porte qui me permettrait d’entrer dans le ciel proprement dit. Mais la salle était si vaste que je n’en trouvais pas le bout. À la fin, je me sentis si fatigué que je dus m’asseoir.
Cependant je voyais passer devant moi une multitude de gens, et, de temps en temps, j’en interrogeais quelqu’un, espérant pouvoir entrer en conversation. Mais personne ne me comprenait et je ne comprenais personne. J’y renonçai. D’ailleurs, j’étais profondément dégoûté de tout, et pour un peu j’aurais voulu n’être jamais mort. Le lendemain, vers midi, je me retrouvai devant le bureau d’entrée, et je dis au maître-clerc.
« Je commence à croire qu’un homme ne peut pas être heureux au ciel, s’il n’est pas dans celui qui lui est destiné.
— Parfaitement correct, me répondit-il. Comment pourriez-vous supposer que le même ciel convienne à toutes sortes de gens ?
— J’avais une idée… Mais peut-être est-ce une folie. Quel chemin devrais-je suivre, si je voulais aller dans mon ciel ? »
Il s’entretint quelques instants avec le sous-clerc qui avait consulté la carte, puis il me dit :
« Attendez. Votre ciel est à des millions de lieues d’ici. Sortez du vestibule. Couchez-vous sur ce tapis rouge que vous voyez-là. Fermez les yeux, retenez votre souffle, et formez le désir d’être dans votre ciel. Vous y serez.
— Je vous suis bien obligé, répondis-je. Mais pourquoi diable ne pas m’avoir dit cela dès que je suis arrivé ?
— Nous avons ici beaucoup à faire. C’était à vous, et non pas à nous, à y penser. Adieu. Il y a des chances pour que nous ne nous revoyions jamais.
— Dans ce cas, fis-je, au revoir ! »
Je me plaçai sur la carpette. Je fermai les yeux, je retins mon souffle, et je souhaitai d’être transporté dans le bureau d’entrée de mon ciel. Trois secondes après, j’entendis une voix que je reconnus et qui disait, d’un ton affairé :
« Attention ! Une harpe, un livre de cantiques, une paire d’ailes, une auréole — numéro treize — ; pour le capitaine Eli Tempête, de San Francisco ! Délivrez un bulletin de santé et laissez entrer ! »
J’ouvris les yeux. Et dans le clerc qui parlait, je reconnus un Indien que j’avais connu autrefois sur le territoire de chasse. J’avais assisté à ses funérailles. On l’avait brûlé, et les femmes de sa tribu s’étaient couvert la figure de cendres, de ses propres cendres et avaient passé la journée à hurler comme des chats enragés. Cérémonie très émouvante. Il fut rudement content de me retrouver, et moi aussi, et de voir que j’étais enfin dans mon ciel respectif.
Aussi loin que le regard pouvait s’étendre, on apercevait des nuées de clercs occupés à ranger des milliers de gens, des Américains, des Mexicains, des Anglais, des Arabes. À mesure que chacun passait, on lui donnait son équipement complet. Quand j’eus reçu toutes mes affaires et me fus coiffé de mon auréole je me regardai dans une glace et me trouvai l’air tout guilleret. J’aurais sauté de joie par-dessus une maison, tant j’étais heureux.
« Maintenant, me dis-je, ça commence à prendre tournure. Qu’on me donne un nuage, et tout ira bien. »
Quelques minutes après, j’étais en route vers les nuages, avec des millions d’autres élus. Il y en avait qui essayaient de voler, mais sans succès. Quelques-uns se cassèrent les jambes. Aussi, par prudence, je me résolus à marcher, provisoirement.
Chemin faisant, nous rencontrâmes d’autres gens qui venaient en sens inverse. Je remarquai que certains avaient des harpes et rien d’autre. Quelques-uns n’avaient que leur livre de cantiques. Quelques-uns n’avaient rien du tout. Un jeune homme passa près de moi. II n’avait que son auréole, et encore, il la portait à la main. En passant, il me la tendit, me priant de la lui tenir un moment.
« Je reviens tout de suite », ajouta-t-il.
Puis il se perdit rapidement dans la foule. Je continuai ma route. Une femme me pria de garder un moment sa palme. Elle disparut ensuite, et je ne la revis pas non plus. Une jeune fille me confia sa harpe, et elle disparut aussi. À la fin, je fus chargé d’accessoires célestes comme un baudet.
En même temps, à mesure que j’avançais, je m’aperçus que le sol était jonché d’ailes, de harpes, d’auréoles, et de livres de cantiques. Je me décidai à jeter tranquillement sur ma route mon bagage supplémentaire. Et tous mes compagnons en firent autant. Car, eux aussi, avaient été gratifiés, aussi généreusement que moi, par les gens que nous avions rencontrés.
Je me trouvai enfin perché sur un nuage, avec des tas d’autres gens. Jamais de ma vie, je ne m’étais senti si heureux. Cette fois-ci, il n’y avait pas de doute. J’étais au ciel.
Je m’éventai paresseusement deux ou trois fois avec ma palme. Puis je me mis à jouer de la harpe. Tous mes compagnons en firent autant. C’était fort impressionnant. Malheureusement, chacun de nous donnait une note différente, et l’air manquait d’harmonie. Il y avait en outre des Indiens qui jouaient une sorte d’hymne guerrier faisant avec notre musique une cacophonie parfaite. Je jugeai que j’avais assez joué de la harpe et pris un peu de repos.
À côté de moi se trouvait un vieux monsieur d’allure fort respectable. Il tenait sa harpe maladroitement et avait l’air ennuyé. Je l’encourageai à jouer de son instrument. Mais il prétendit qu’il était beaucoup trop timide pour montrer ses talents en public, et que, d’ailleurs, il ignorait profondément la musique. Il ne comprenait pas, en outre, quel plaisir on pouvait y trouver. J’étais un peu de son avis, mais je n’osais pas l’avouer. J’y mis cependant de la bonne volonté, repris ma harpe peut-être pour éblouir le vieux monsieur, et jouai le même air, un air très simple, pendant seize ou dix-sept heures sans interruption. Je jouai toujours le même air, parce que c’était le seul que je connaissais. Ensuite, je passai quelques instants à m’éventer avec ma palme. Puis, je me mis à bâiller. Le vieux monsieur bâilla aussi.
« Ne connaissez-vous pas, me demanda-t-il, un autre air que celui que vous venez de jouer ?
— Dieu me damne si j’en connais un autre, répondis-je.
— Ne croyez-vous pas, continua-t-il, que vous puissiez en apprendre un autre ?
— Jamais de la vie. J’ai essayé. C’est absolument impossible.
— Jouer le même air, toujours le même, et pendant l’éternité, ce sera peut-être monotone, à la fin.
— Ne me brisez pas le cœur, fis-je, je suis assez triste déjà. »
Cependant, des millions de gens continuaient à passer devant le nuage où nous étions. Les uns descendaient des hauteurs du ciel. D’autres arrivaient de l’entrée et portaient soigneusement leur harpe, leur livre et leur auréole. Une idée superbe me vint. Je me mêlai à la foule des nouveaux venus et j’eus vite fait de me débarrasser, moi aussi, de mes accessoires, en les leur confiant l’un après l’autre, soigneusement. Et soudain, je redevins un homme libre et me sentis outrageusement heureux. Juste à ce moment, je rencontrai le vieux Sam Bartlett, qui était mort depuis fort longtemps, et je m’arrêtai pour causer un peu avec lui.
— Dites-moi donc, mon vieux Sam, vous qui êtes un peu au courant, est-ce que c’est toujours aussi monotone, dans le ciel ? »
Il me dit :
« Laissez-moi vous remettre les choses au point. Les gens ont le tort de prendre à la lettre le langage de la Bible, qui n’est que figuratif. Leur premier soin, dès qu’ils arrivent ici, c’est de demander une harpe et une auréole, et ainsi de suite. On ne les leur refuse pas. On a pour principe, dans le ciel, de ne jamais refuser ce qui est inoffensif. On leur donne tous ces accessoires, sans rien objecter. Alors ils s’en vont, et ils jouent de la harpe et chantent tout le premier jour. Mais au bout d’un jour ils en ont assez. Ils n’ont pas besoin d’une longue expérience pour s’apercevoir que ces choses ne constituent pas le bonheur céleste, du moins pour un homme de bon sens. N’importe qui en serait exaspéré avant huit jours. Le nuage sur lequel vous vous étiez installé est situé assez loin pour que les vieux habitants du ciel ne puissent pas être troublés par le tapage infernal des nouveaux venus. Il n’y a pas d’inconvénient à les laisser s’installer là et faire leur cure le plus rapidement possible.
« Le ciel est un séjour délicieux. Mais ne vous y trompez pas, c’est en même temps l’endroit du monde où l’on est le plus occupé. Au bout d’un jour ou deux de séjour, il n’y a plus un seul oisif. Chanter des hymnes et porter des palmes, c’est très joli dans les sermons d’église, mais ici c’est tout le contraire. À mener cette existence, les gens d’ici demeureraient toute l’éternité des ignorants et des sots. Le repos éternel, quelle belle phrase ! Essayez-en pendant huit jours, de votre repos éternel, et vous m’en donnerez des nouvelles. Voyons, vous, Tempête, un homme actif, qu’est-ce que vous feriez dans un ciel semblable, occupé à tourner vos pouces et à bâiller ?
— Sam, répondis-je, vous me remplissez de joie. Autant j’appréhendais tout à l’heure, mon séjour ici, autant, maintenant, je suis ravi d’être venu. »
Il continua :
« Dites-moi, ne vous sentez-vous pas fatigué ?
— Sam, il n’y a pas de mot pour exprimer ma fatigue. Je suis fourbu comme un pauvre chien.
— C’est parfait. Vous êtes fatigué ; vous aurez du plaisir à vous reposer. Vous avez faim ; vous mangerez avec plaisir. Voyez-vous, mon vieux, c’est ici comme sur la terre. Il faut gagner les choses pour les avoir et en user volontiers. Vous ne pouvez pas jouir d’abord et gagner ensuite. Seulement, dans le ciel, la différence, c’est que vous pouvez choisir votre occupation et que l’on vous donnera toutes les facilités pour vous y livrer convenablement. Le cordonnier qui sur la terre avait une âme de poète, ne sera pas obligé de faire des souliers dans le ciel.
— Admirable, fis-je. Du travail tant qu’on en peut faire, mais un travail agréable. Plus de peine, plus de souffrance…
— Halte-là ! On a des peines dans le ciel. Seulement on n’en meurt pas. On a des souffrances, mais elles ne durent pas. Le bonheur n’existe pas en soi. Il n’existe que par contraste avec un précédent déplaisant. Voilà tout. Il n’y a pas un bonheur soi-disant pur qui ne devienne rapidement monotone et insupportable. Il faut que tout se renouvelle pour être apprécié. Certes, il y a des peines et des souffrances dans le ciel, par suite il y a de nombreux contrastes et d’incessantes occasions de se réjouir. »
Je dis :
« Sam, le ciel que vous décrivez est aussi différent de celui que les hommes imaginent, qu’une belle princesse vivante diffère d’une figure de cire. »
Pendant toute la durée du premier mois, je me promenai dans le ciel, poussant des reconnaissances de divers côtés, me liant d’amitié avec des gens. Puis finalement, je me fixai dans une région tout à fait agréable où je décidai de demeurer quelque temps avant de reprendre mes pérégrinations. J’eus là de longues conversations avec un vieil ange à tête chauve qui s’appelait Sandy Mac Williams. Il était de quelque part dans le New Jersey. Nous avions coutume de nous asseoir, par les chauds après-midi, à l’ombre d’un arbre ou d’un rocher, et là, nous devisions de choses et d’autres, en fumant des pipes.
Un jour, je lui demandai :
« Quel âge avez-vous, Sandy ?
— Soixante-douze.
— C’est bien ce que je pensais. Et depuis combien de temps êtes-vous dans le ciel ?
— Vingt-sept ans, vienne la Noël.
— Et quel âge aviez-vous quand vous êtes venu ici ?
— Quel âge ? Soixante-douze ans, vous dis-je.
— C’est impossible.
— Pourquoi impossible ?
— Parce que si vous aviez soixante-douze ans à ce moment-là, vous devez en avoir maintenant quatre-vingt-dix-neuf.
— Pas du tout. J’ai le même âge que lorsque je suis arrivé.
— C’est possible. Mais voilà. J’avais autrefois cette idée que dans le ciel nous serions tous jeunes, et beaux, et alertes.
— Mais vous pouvez redevenir jeune, si vous voulez. Vous n’avez qu’à le souhaiter.
— Alors, pourquoi ne le souhaitez-vous pas ?
— Je l’ai fait. Tout le monde tente cette expérience. Vous pouvez essayer, vous aussi. Mais vous en reviendrez vite.
— Comment cela ?
— Comment ? Voyons. Raisonnons un peu. Vous étiez navigateur, sur la terre. Avez-vous jamais tenté de faire un autre métier ?
— Oui. J’ai essayé une fois de tenir une épicerie. C’était dans le pays minier. Je n’ai pas pu. C’était trop calme et trop monotone. Pas de mouvement, pas de tempêtes, aucune émotion. J’avais l’impression d’être à moitié mort. Je me suis dépêché de fermer ma boutique et de reprendre la mer.
— C’est bien cela. Et pourtant il y a des gens qui aiment l’épicerie. Ce sont ceux qui ont l’âme épicière. C’est la même chose pour moi. Je n’avais pas l’âme jeune et je ne pouvais pas m’habituer. Pourtant, une fois métamorphosé, j’étais fort, et beau, et alerte. J’avais des cheveux bouclés, et des ailes, — comme un papillon. J’accompagnais mes compagnons aux danses et aux pique-niques. J’essayais de dire des bêtises aux filles, comme les autres. C’était inutile. Je ne pouvais pas m’y faire. C’était assommant. Je n’avais qu’un désir, c’était de me coucher et de me lever de bonne heure, et d’avoir quelque chose à faire. Et quand mon travail était fait, de rester tranquille à fumer ma pipe, au lieu de danser en rond avec une bande d’écervelés. Vous ne pouvez pas vous imaginer ce que j’ai souffert, quand je suis redevenu jeune.
— Combien de temps a duré votre nouvelle jeunesse ?
— Deux semaines. Et c’était assez. J’en avais par-dessus le dos. Comprenez donc. J’avais gardé les connaissances et l’expérience d’un homme de soixante-douze ans. Les sujets les plus sérieux dont mes compagnons pouvaient parler étaient pour moi de l’a, b, c. Et leurs raisonnements ! Ah ! Seigneur ! J’en aurais ri aux larmes si je n’avais trouvé la chose lugubre. Malgré moi, j’étais tout le temps à essayer de me fourrer avec les vieux. Mais ils ne voulaient pas de moi. Ils me considéraient comme un jeune homme prétentieux et me tournaient le dos. Au bout de quinze jours, vous ne pouvez pas vous figurer la joie que j’ai eue à retrouver ma tête chauve, et ma pipe, et mes vieilles songeries à l’ombre d’un rocher.
— Prétendez-vous dire que désormais vous resterez éternellement à soixante-douze ans ?
— Je n’en sais rien. On ne peut pas dire. Il est évident, d’ailleurs, que mon esprit mûrira forcément, à mesure. Mais pour mon corps, si cela dépend de moi, je crois fort que je m’en tiendrai à celui que j’ai en ce moment.
— Et quand un homme arrive ici âgé de quatre-vingt-dix ans, est-ce qu’il demande à rajeunir ?
— Naturellement. Tout le monde fait la même chose, au commencement. Il revient d’abord à quatorze ans, par exemple. Il y reste une heure ou deux, puis s’aperçoit que si ça dure, il deviendra fou. Il se donne alors vingt ans. Le résultat est le même. Il essaie ensuite trente, quarante, cinquante, soixante-dix, sans plus de succès. Et finalement, il souhaite retrouver ses quatre-vingt-dix ans auxquels il était habitué. Si par hasard, à quatre-vingts ans, sur la terre, son esprit a commencé à faiblir, il souhaite se retrouver de quelques années plus jeune que lorsqu’il mourut, pour reconquérir ses facultés. D’une façon générale, il veut revivre à l’âge où son expérience et sa maturité étaient à leur apogée, c’est-à-dire le plus vieux possible, avant la décrépitude, s’il y en eut.
— Et les jeunes de vingt-cinq ans, gardent-ils toujours le même âge ?
— Oui, s’ils sont des fous. Mais un jeune homme intelligent, ambitieux et industrieux, souhaite acquérir de nouvelles connaissances et de la maturité. Et lorsque son développement intellectuel l’a fait l’égal des hommes d’un âge plus avancé, il souhaite naturellement, pour pouvoir vivre aisément dans leur compagnie où il se plaît, avoir un corps plus âgé. Il laisse son corps suivre le développement de son esprit, et se trouve un jour, sans surprise, comme sans regret, avec la tête chauve et le visage ridé. Mais son esprit est sage et avisé.
— Et les bébés ?
— Les bébés aussi. Quels ânes nous étions sur la terre, à propos des bébés ! Nous supposions que dans le ciel nous serions tous des enfants. D’ailleurs sans préciser l’âge. C’était vague. Quand j’avais sept ans, je supposais, pour bien faire, qu’au ciel tout le monde aurait douze ans. À douze ans, je supposais que nous aurions tous dix-huit ou vingt ans. À quarante ans, on reculait. À cet âge-là, je pensais que les élus avaient tous une trentaine d’années. Jamais un enfant ou un homme ne suppose que l’âge qu’il a actuellement puisse être le meilleur. Nous plaçons toujours l’idéal un peu en avant ou en arrière. Et nous attribuons cet âge idéal, arbitrairement, à tous les habitants du ciel. Et nous supposons que tout le monde s’en tiendra à cet âge, éternellement. Non, mais imaginez un ciel uniquement peuplé d’enfants jouant aux billes ou au cerceau ! Ou bien de jeunes gens de dix-neuf ans, sentimentaux, ignorants et stupides. Ou d’hommes de trente ans, vigoureux, pleins d’énergie et d’ambition, mais condamnés à une immobilité perpétuelle, ne pouvant ni se développer ni acquérir de l’âge et de l’expérience. Songez à ce que serait un ciel composé de gens tous du même âge, ayant les mêmes idées, les mêmes vêtements, les mêmes goûts. Combien la terre serait supérieure à un ciel semblable, la terre, avec ses variétés innombrables de types, de figures, d’âges, avec l’activité qui résulte du conflit perpétuel et vivant de millions de goûts, d’intérêts, et de soucis différents !
— Vous avez raison.
— Évidemment. Un ciel uniforme ne serait plus le ciel. Il faut un ciel pour tous les âges et pour tous les goûts. Dieu sait ce qu’il faut à chacun. Et d’une façon ou d’une autre, lui donne ce qu’il faut pour qu’il soit heureux. »
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