La Célèbre Grenouille sauteuse du comté de Calaveras

De Utopia.

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La Célèbre Grenouille sauteuse du comté de Calaveras
Illustration de La Célèbre Grenouille sauteuse du comté de Calaveras
Auteur Mark Twain
Genre Conte
Pays d’origine États-Unis
Éditeur Saturday Press (journal)
Parution novembre 1865
Collection The Celebrated Jumping Frog of Calaveras County, and Other Sketches, Esquisses anciennes et nouvelles

La Célèbre Grenouille sauteuse du comté de Calaveras (The Celebrated Jumping Frog of Calaveras County) est un conte de Mark Twain dont la première version fut publiée en 1865 dans un journal new-yorkais, le Saturday Press, et qui fut repris en recueil, premier livre de l’auteur, en 1867 (The Celebrated Jumping Frog of Calaveras County, and Other Sketches). Le texte fut ensuite réédité dans Mark Twain’s Sketches, New and Old (Esquisses anciennes et nouvelles) en 1875, accompagné d’une traduction française. Ce conte est l’un des tout premiers de Mark Twain, celui par lequel il gagna malgré lui une reconnaissance nationale et c’est encore aujourd’hui l’une de ses œuvres les plus fameuses, bien qu’elle ne soit sans doute pas l’une des meilleures.

Sommaire

L’histoire de Jim Smiley

L’histoire est racontée en première personne par un narrateur qui est supposé être Mark Twain lui-même. Ce dernier rapporte l’histoire que Simon Wheeler lui a contée à propos d’un parieur compulsif nommé Jim Smiley.

À la demande d’un ami, le narrateur rend visite à Simon Wheeler pour prendre des nouvelles d’un certain Léonidas W. Smiley. Le narrateur soupçonne qu’il s’agit d’une mauvaise blague de son ami, car, dès l’évocation du nom de Smiley (nommé Jim), Wheeler, qui a coincé son malheureux visiteur, commence à lui raconter, sur un ton d’une monotonie assommante, une longue histoire burlesque qui ennuie profondément l’auteur :

« Il ne sourit pas une fois, il ne sourcilla pas une fois, il ne changea pas une fois d’intonation, et garda jusqu’au bout la clef d’harmonie sur laquelle sa première phrase avait commencé. Pas une fois il ne trahit le plus léger enthousiasme. Mais à travers son interminable récit courait une veine d’impressive et sérieuse sincérité. Il me fut prouvé jusqu’à l’évidence qu’il ne voyait rien de ridicule ou de plaisant dans cette histoire. »

Jim Smiley est un parieur compulsif, pariant sur les choses les plus incongrues, sur la mort d’une personne comme sur son chien Andrew Jackson (dont la mort tragique donne lieu à une courte histoire, comique mais cruelle) ou sur des oiseaux :

« S’il voyait deux oiseaux perchés sur une haie, il pariait lequel s’envolerait le premier [...] »

Un jour, un étranger est d’accord pour parier 40 dollars que la grenouille de Jim, nommée Dan’l Webster, peut être battue au saut. Pendant que Jim va chercher une grenouille pour son adversaire, celui-ci fait avaler des plombs à Dan qui, alourdie par le poids, ne peut sauter. Jim perd le pari, mais, se rendant compte de la supercherie,

« [...] il devint fou de fureur, posa la grenouille et courut après l’individu, mais il ne put le rattraper. Et... »

À ce moment, Wheeler est interrompu, laisse le narrateur quelques minutes qui en profite pour tenter de s’échapper. Mais, alors qu’il part, Wheeley revient, et commence à lui raconter une autre histoire à propos de Smiley qui « avait une vache jaune qui était borgne, et qui n’avait pas de queue, ou presque pas, juste un petit bout long comme une banane, et… ». Dégouté, le narrateur s’en va.

C’est donc là toute la matière de ce conte. Mark Twain joue principalement sur le décalage comique entre le récit affligé du narrateur (lui-même), le ton monotone et sérieux du récit fait par Simon Wheeler et le caractère grotesque du personnage de Jim Smiley et de ses péripéties. Si cette œuvre contient de belles images burlesques, Twain ne réussit toutefois pas encore à leur donner toute la force exubérante qui sera celle que nous trouvons dans les scènes extraordinaires de À la dure et de plusieurs autres de ses contes. La Célèbre Grenouille, malgré sa notoriété, est donc une œuvre plutôt médiocre.

Une popularité inattendue et une mauvaise traduction

Angels Hotel où Twain entendit raconter l’histoire

Twain a donné quelques informations dans son Autobiographie sur la genèse de ce texte. Vers 1865, Artemus Ward donnait des conférences et passa en Californie, et c’est à San Francisco que Twain lui raconta l’histoire de la grenouille sauteuse qu’il avait entendue à Angels Hotel (Angels Camp, California, USA). Ward lui demanda de l’écrire pour l’inclure dans un livre en préparation. Mais quand Twain en eut terminé la rédaction, le livre était déjà près d’être imprimé ; aussi l’éditeur, Carleton, envoya-t-il l’histoire au Saturday Press, un journal qui était près de sa fin, qui la publia le 18 novembre 1865 [1] sous le titre Jim Smiley and His Jumping Frog. Le texte devint très populaire et fut rapidement réimprimé dans de nombreux magazines et journaux, ce qui conduisit l’auteur à en faire son premier livre, en y joignant d’autres contes de la même époque[2], livre dont il fut tiré une première édition de seulement 1000 exemplaires.

James Russell Lowell qualifia le texte de « plus beau morceau d’humour écrit en Amérique »[3], mais Twain était quelque peu déçu par cette réception, car il n’avait pas une très haute estime de la qualité littéraire de son œuvre[4].

Le texte fut traduit en français dès 1872 par Thérèse Bentzon, et publié dans La Revue des Deux Mondes[5]. Cette traduction est célèbre à cause de la réplique sévère qu’elle suscita chez l’auteur[6].

Twain réédita[7] en effet le texte original accompagné de cette traduction française, elle-même retraduite mot à mot en anglais, en conservant la grammaire française. Il voulait montrer que l’humour américain s’était totalement perdu dans la traduction en un français littéraire très éloigné de la tradition américaine du récit oral (tall tale). Twain voulait ainsi marquer la différence qui existe, selon lui, entre les formes d’humour nationales :

« Le conte humoristique est américain, le conte comique est anglais, le conte spirituel, français. L’effet de l’histoire humoristique dépend de la manière dont elle est racontée ; celui de l’histoire comique et de l’histoire spirituelle dépend du sujet.[8] »

Pour Twain, le caractère oral de l’histoire, c’est-à-dire la manière dont elle est racontée, doit absolument être respectée pour en conserver la force humoristique.

Une autre anecdote célèbre à propos de la réception de ce texte est l’adaptation qu’en fit Arthur Sidgwick dans Greek Prose Composition[9], sous le titre The Athenian and the frog, en négligeant d’attribuer l’histoire à son auteur, car il la pensait suffisamment connue de tous. Mais cela fit croire que le sujet était réellement d’origine grecque, impression renforcée par une certaine ressemblance avec les Fables d’Ésope, et Mark Twain lui-même fut près d’y croire, jusqu’à sa rencontre avec Sidgwick en personne, en 1899, qui clarifia la situation. Marc Twain raconte cette anecdote dans l’édition de 1903 du texte[10].

Adaptations

La Célèbre grenouille a également été adapté dans deux films portant le même titre, Les Aventures de Mark Twain[11], et dans Best Man Wins[12].

Voici un extrait du film d’animation de 1986, réalisé par Will Vinton :

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Jumping Frog Jubilee, le documentaire

Chaque année, le comté de Calaveras organise un concours de saut de grenouille, le Jumping Frog Jubilee, en l’honneur de l’œuvre de Mark Twain. En 2005, Justin Bookey a réalisé un documentaire, intitulé Jump, sur ce festival inspiré du conte de Twain[13].

Bibliographie

Éditions

Traductions et autres

  • 1ere traduction française : Thérèse Bentzon, Les humoristes américains : I. Mark Twain, La Revue des Deux Mondes, vol. 100, 15 juillet 1872, p. 313–335 (314–319)
  • The Athenian and the frog, in Introduction to Greek prose composition; with exercises, Arthur Sidgwick, Ginn et company, 1878 (1ere édition)
  • La Célèbre Grenouille sauteuse du comté de Calaveras, traduit par Gabriel de Lautrec, in Contes choisis, Nelson éditeurs, 19??
  • La Célèbre Grenouille sauteuse du comté de Calaveras, Edition bilingue français-anglais, Alidades, 2007, ISBN 978-2-906266-71-1

Articles

Notes

  1. cf. Albert Bigelow Paine, The Writings of Mark Twain, vol. VII, Introduction, p. xi.
  2. Cette édition est consultable sur le site Internet Archive : lire.
  3. cf. Albert Bigelow Paine, The Writings of Mark Twain, vol. VII, Introduction, p. xii.
  4. cf. Albert Bigelow Paine, The Writings of Mark Twain, vol. VII, Introduction, p. xii.
  5. Thérèse Bentzon, Les humoristes américains : I. Mark Twain, La Revue des Deux Mondes, vol. 100, 15 juillet 1872, p. 313–335 (314–319).
  6. « La célèbre grenouille sauteuse », ou Traduire l’Amérique, Emmanuelle Ertel, in Poétique de l’étranger, n°4, Université Paris VIII, p. 36–37.
  7. Dans Esquisses anciennes et nouvelles, en 1875, et en 1903, à part : The Jumping Frog. cf. Bibliographie.
  8. Comment raconter une histoire.
  9. Greek Prose Composition, p. 116.
  10. cf., en anglais, A Athenian and the frog.
  11. The Adventures of Mark Twain (1944) sur l’Internet Movie Database et The Adventures of Mark Twain (1986) sur l’Internet Movie Database.
  12. Best Man Wins sur l’Internet Movie Database.
  13. Jump sur l’Internet Movie Database.

Voir aussi

Liens externes

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